{"id":10375,"date":"2017-03-25T22:46:39","date_gmt":"2017-03-25T22:46:39","guid":{"rendered":"http:\/\/afficha.info\/?p=10375"},"modified":"2017-03-27T13:31:11","modified_gmt":"2017-03-27T13:31:11","slug":"au-coeur-du-cauchemar","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/afficha.info\/?p=10375","title":{"rendered":"Au c\u0153ur du cauchemar"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"dates-evenement\">\u00a024 mars &#8211; 5 avril 2017<\/span> &#8211; <span class=\"lieu-evenement\">Teatro Real, Madrid<\/span><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Rodelinda\u00a0\u00bb de\u00a0Georg Friedrich H\u00e4ndel. Mise en sc\u00e8ne Claus Guth. Direction musicale Ivor Bolton.D\u00e9cors et costumes Christian Schmidt. \u00c9clairages Joachim Klein. Cr\u00e9ation de vid\u00e9o Ando A M\u00fcller. Orchestre titulaire du Teatro Real.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-10380 aligncenter\" src=\"http:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/Rodelinda-0404.jpg\" alt=\"\" width=\"504\" height=\"359\" data-id=\"10380\" srcset=\"https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/Rodelinda-0404.jpg 480w, https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/Rodelinda-0404-70x50.jpg 70w\" sizes=\"auto, (max-width: 504px) 100vw, 504px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0Rodelinda compos\u00e9 et cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Londres en 1725, p\u00e9riode tr\u00e8s cr\u00e9ative de Georg Friedrich H\u00e4ndel (1685\u20131759), est bas\u00e9 sur la trag\u00e9die \u00ab\u00a0Pertaride, roi des Lombards\u00a0\u00bb de Pierre Corneille. Grand succ\u00e8s \u00e0 sa cr\u00e9ation l&rsquo;op\u00e9ra a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 jusqu&rsquo;en 1736 et ensuite oubli\u00e9 pendant presque deux si\u00e8cles jusqu&rsquo;\u00e0 sa r\u00e9surrection en 1920 \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra de G\u00f6ttingen. Rodelinda, chef-d&rsquo;\u0153uvre de H\u00e4ndel, autant par la perfection de sa structure dramatique, l&rsquo;originalit\u00e9 de sa th\u00e9matique avec au centre les figures d&rsquo;une femme exceptionnelle et de l&rsquo;enfant otage, que par la partition exigeant des interpr\u00e8tes virtuoses, est repr\u00e9sent\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en Espagne, presque trois si\u00e8cles apr\u00e8s sa cr\u00e9ation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cette nouvelle production de Rodelinda, coproduite par le Teatro Real de Madrid avec l&rsquo;Op\u00e9ra de Frankfurt, le Gran Teatre del Liceu de Barcelone et l&rsquo;Op\u00e9ra de Lyon, est un \u00e9v\u00e9nement \u00e0 la fois pour sa distribution internationale de haut vol, pour son interpr\u00e9tation par l&rsquo;orchestre titulaire du Teatro Real sous la baguette quasi magique d&rsquo;Ivor Bolton et pour la lecture sc\u00e9nique actuelle, extr\u00eamement coh\u00e9rente et pertinente qu&rsquo;en donne l&rsquo;excellent metteur en sc\u00e8ne allemand Claus Guth qui, la saison derni\u00e8re, nous a subjugu\u00e9 par sa vision in\u00e9dite de Parsifal.\u00a0 Dans sa mise en sc\u00e8ne Claus Guth va \u00e0 l&rsquo;essentiel et conf\u00e8re \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre une dimension m\u00e9taphorique et onirique articulant la complexit\u00e9 de la trame sur la vision du petit Flavio des \u00e9v\u00e9nements terrifiants dont il est protagoniste et monnaie d&rsquo;\u00e9change. \u00ab\u00a0Du bruit et de la fureur\u00a0\u00bb, plus shakespearienne que corn\u00e9lienne, l&rsquo;histoire racont\u00e9e dans Rodelinda est une cascade de meurtres, de trahisons, d&rsquo;amours et de vengeances, de luttes pour le pouvoir et d&rsquo;usurpation du tr\u00f4ne du royaume de Lombardie, dont le centre n\u00e9vralgique et otages sont Rodelinda, reine l\u00e9gitime et son fils le petit Flavio.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-10414 aligncenter\" src=\"http:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/rodelinda_298.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" data-id=\"10414\" srcset=\"https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/rodelinda_298.jpg 500w, https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/rodelinda_298-75x50.jpg 75w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Les conflits humains, familiaux et politiques y sont inextricablement li\u00e9s. Flavio protagoniste et spectateur impuissant, assiste terrifi\u00e9 \u00e0 la cascade d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements, usurpation du tr\u00f4ne, assassinat suppos\u00e9 de son p\u00e8re Bertarido, deuil de sa m\u00e8re assi\u00e9g\u00e9e par les avances de l&rsquo;usurpateur Grimoaldo, r\u00e9apparition de son p\u00e8re, etc. qui se pr\u00e9cipitent et s&rsquo;accumulent devant ses yeux comme dans un cauchemar ou dans un film d&rsquo;horreur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dans tout ce n\u0153ud de conflits, parmi les six protagonistes de l&rsquo;histoire, qui s&rsquo;affrontent, se trahissent, se vengent, aiment par int\u00e9r\u00eat, Rodelinda est un personnage central vers qui convergent les luttes et les passions. Figure exemplaire d&rsquo;amour et de fid\u00e9lit\u00e9 conjugale, femme de caract\u00e8re, enjeu de pouvoir, intelligente, habile, qui domine, d\u00e9fie et manipule ses adversaires en d\u00e9veloppant sa propre strat\u00e9gie et en leur imposant des conditions inacceptables, y compris le meurtre de son propre fils Flavio.\u00a0\u00a0 En relevant l&rsquo;intemporalit\u00e9 et l&rsquo;actualit\u00e9 permanente du sujet Claus Guth l&rsquo;inscrit dans la perspective du regard de l&rsquo;enfant Flavio, personnage sans voix dans la partition, mais qui est fondamental dans le d\u00e9veloppement de l&rsquo;histoire. Pour rendre l&rsquo;histoire plus accessible Guth introduit un prologue, une br\u00e8ve sc\u00e8ne muette, o\u00f9 sont rappel\u00e9s les faits qui ont d\u00e9clench\u00e9 le conflit. Il situe l&rsquo;action dans une ancienne demeure seigneuriale anglaise de l&rsquo;\u00e9poque de H\u00e4ndel que l&rsquo;on peut voir encore aujourd&rsquo;hui et qui en m\u00eame temps \u00e9voque un ancien palais. La p\u00e9rennit\u00e9 et l&rsquo;intemporalit\u00e9 des conflits trait\u00e9s dans l&rsquo;\u0153uvre se manifestent aussi dans les costumes des ann\u00e9es 1970. Un microcosme familial et politique. L&rsquo;histoire est racont\u00e9e \u00e0 travers les cauchemars de Flavio terroris\u00e9, sans d\u00e9fense, dans cette maison d&rsquo;horreurs pleine de dangers. Incapable d&rsquo;exprimer avec des paroles ce dont il est t\u00e9moin, il l&rsquo;exprime dans un langage d&rsquo;enfant \u00e0 travers les dessins projet\u00e9s sur les murs de la maison qui sugg\u00e8rent et refl\u00e8tent sa perception des \u00e9v\u00e9nements. Des dessins \u00e0 gros traits de t\u00eates effrayantes, comme des monstres d&rsquo;Halloween, sont r\u00e9pliqu\u00e9s par les personnages masqu\u00e9s qui poursuivent Flavio dans cette maison. Tout se passe comme si on \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de sa t\u00eate. La trame complexe de l&rsquo;\u0153uvre appara\u00eet ainsi avec clart\u00e9 et profondeur psychologique des personnages. Dans le final, un relatif happy end, alors que tout rentre dans l&rsquo;ordre, seul Flavio continue \u00e0 voir ses fant\u00f4mes. Une magnifique m\u00e9taphore des traumatismes subis par les g\u00e9n\u00e9rations suivantes marqu\u00e9es par les conflits, guerres, crimes de leurs p\u00e8res. Dans sa sc\u00e9nographie, un dispositif tournant, montrant l&rsquo;ancienne demeure sous trois angles diff\u00e9rents, Christian Schmidt trace une topographie du pouvoir. Un grand escalier au centre, tel un chemin d&rsquo;ascension au pouvoir, m\u00e8ne aux appartements et \u00e0 la chambre \u00e0 coucher de Rodelinda, dont la conqu\u00eate l\u00e9gitime le pouvoir. En contrepoint \u00e0 cet univers impitoyable, la nature, pr\u00e9sente \u00e0 travers les projections, est un lieu de ressourcement et de paix. Claus Guth fid\u00e8le \u00e0 la conception h\u00e4ndelienne des personnages fait appara\u00eetre leur complexit\u00e9 psychologique avec leurs contradictions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-10416 aligncenter\" src=\"http:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/Rodelinda-10160-1.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"334\" data-id=\"10416\" srcset=\"https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/Rodelinda-10160-1.jpg 500w, https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/Rodelinda-10160-1-75x50.jpg 75w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Rodelinda, forte, temp\u00e9rament plus masculin, d\u00e9cid\u00e9e, alors que son mari Bertarido est plus faible, contradictoire, plein de tensions. L&rsquo;usurpateur Grimoaldo n&rsquo;est gu\u00e8re un mod\u00e8le parfait de tyran, orgueilleux, pr\u00eat \u00e0 tout en apparence, il est accessible aux sentiments humains et recule devant l&rsquo;extr\u00eame. De m\u00eame Eduige anim\u00e9e par le sentiment de vengeance est en m\u00eame temps r\u00e9aliste. Garibaldo seul, sans scrupules, est port\u00e9 par sa soif de pouvoir et de sa conqu\u00eate \u00e0 tout prix. Tous les protagonistes, y compris la pr\u00e9sence muette de Flavio, ont un \u00e9gal poids dramatique. La partition vocale de Rodelinda est un \u00e9norme d\u00e9fi pour les chanteurs qui non seulement sont \u00e0 sa hauteur mais encore \u00e9blouissent par l&rsquo;aisance avec laquelle ils rendent le registre des sentiments et des \u00e9motions de leurs personnages. Lucy Crowe (Rodelinda) d\u00e8s ses premi\u00e8res arias captive par sa profondeur dramatique et ses trilles vertigineuses. Poignante dans son aria dans la Iere sc\u00e8ne, pleurant son mari Bertarido, elle s&rsquo;impose d&#8217;embl\u00e9e dans son aria d&rsquo;une grande virtuosit\u00e9 en affrontant Grimoaldo (J\u00e9r\u00e9mie Owen). Et dans l&rsquo;aria suivante, voix bris\u00e9e par l&rsquo;\u00e9motion qui se transforme en col\u00e8re f\u00e9roce contre Grimoaldo.Son duo avec Bertarido (Bejun Metha) dans le IIe acte est d&rsquo;une puissance lyrique tout en nuance, d&rsquo;une gr\u00e2ce sublime. La tension monte et culmine dans le IIIe acte avec une d\u00e9chirante pri\u00e8re \u00abDove sei\u00bb de Rodelinda en dialogue avec une fl\u00fbte. Bejun Metha en Bertarido, tr\u00e8s \u00e0 l&rsquo;aise dans le registre \u00e9motionnel, est tr\u00e8s impressionnant dans ses deux arias, m\u00e9lancolique puis tourment\u00e9e dans le IIe acte, mais il bouleverse dans son aria la plus dramatique du prisonnier angoiss\u00e9 dans le IIIe acte. Je dois souligner \u00e9galement l&rsquo;\u00e9norme contribution au succ\u00e8s de cette production de l&rsquo;orchestre du Teatro Real qui, int\u00e9grant quelques instruments de l&rsquo;\u00e9poque, assume avec bravoure le d\u00e9fi de la partition h\u00e4ndelienne. C&rsquo;est ind\u00e9niablement un \u00e9v\u00e9nement tr\u00e8s exceptionnel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Cr\u00e9dit photo: Javier del Real | Teatro Real\u00a0<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a024 mars &#8211; 5 avril 2017 &#8211; Teatro Real, Madrid \u00ab\u00a0Rodelinda\u00a0\u00bb de\u00a0Georg Friedrich H\u00e4ndel. Mise en sc\u00e8ne Claus Guth. Direction musicale Ivor Bolton.D\u00e9cors et costumes Christian Schmidt. \u00c9clairages Joachim Klein. Cr\u00e9ation de vid\u00e9o Ando A M\u00fcller. 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