{"id":11036,"date":"2017-06-28T22:49:05","date_gmt":"2017-06-28T22:49:05","guid":{"rendered":"http:\/\/afficha.info\/?p=11036"},"modified":"2017-06-30T12:36:38","modified_gmt":"2017-06-30T12:36:38","slug":"un-double-suicide-au-teatro-real-a-madrid","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/afficha.info\/?p=11036","title":{"rendered":"Un double suicide au Teatro Real \u00e0 Madrid"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"dates-evenement\">27 juin &#8211; 21 juillet 2017<\/span>,\u00a0 <span class=\"lieu-evenement\">Teatro Real de Madrid<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Madame Butterfly de Giacomo Puccini. Livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica bas\u00e9 sur l&rsquo;\u0153uvre de th\u00e9\u00e2tre Madame Chrysanth\u00e8me de David Belasco. Mise en sc\u00e8ne Mario Gas,direction musicale Marco Armiliato, sc\u00e9nographie Ezio Frigerio. Ch\u0153ur et orchestre du Teatro Real<\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-11037\" src=\"http:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/batterflymadridpanorama.jpg\" alt=\"\" width=\"480\" height=\"341\" data-id=\"11037\" srcset=\"https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/batterflymadridpanorama.jpg 480w, https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/batterflymadridpanorama-70x50.jpg 70w\" sizes=\"auto, (max-width: 480px) 100vw, 480px\" \/><\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<em> Cette production de Madame Butterfly sera diffus\u00e9e gratuitement sur grands \u00e9crans dans des salles, institucions, places \u00e0 l&rsquo;air libre en Espagne et en Am\u00e9rique Latine le 30 juin 2017.Une exposition \u00ab\u00a0L&rsquo;attraction du Japon \u00a0\u00bb en relation avec les repr\u00e9sentacions de Madame Butterfly est pr\u00e9sent\u00e9e au Mus\u00e9e Thyssen Bornemisza du 27 juin jusqu&rsquo;\u00e0 fin ao\u00fbt 2017.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Madame Butterfly un des plus c\u00e9l\u00e8bres op\u00e9ras de Giacomo Puccini, cr\u00e9\u00e9 en 1904 \u00e0 la Scala de Milan, fut repr\u00e9sent\u00e9 pour la premi\u00e8re fois \u00e0 Madrid en 1907. Puccini \u00e9crit Madame Butterfly en pleine \u00e9poque de fascination de l&rsquo;Occident pour l&rsquo;exotisme du lointain Orient. Le Japon est \u00e0 la mode. Pour composer cet op\u00e9ra Puccini a \u00e9tudi\u00e9 la musique, la culture et la langue du Japon mais il n&rsquo;en reste pas moins que son \u0153uvre donne une vision du Japon de pacotille, un Japon de cartes postales. Cet Orient kitsch \u00ab v\u00e9riste \u00bb encombrait longtemps les sc\u00e8nes.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Comment repr\u00e9senter aujourd&rsquo;hui cet op\u00e9ra en le d\u00e9barrassant de son d\u00e9cor de carton-p\u00e2te, de son pathos et des clich\u00e9s sur le Japon ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Mario Gas, acteur et metteur en sc\u00e8ne, grande figure du th\u00e9\u00e2tre et du cin\u00e9ma espagnol qui s&rsquo;est aussi illustr\u00e9 sur les sc\u00e8nes lyriques, a relev\u00e9 le d\u00e9fi en proposant en 2002 au Teatro Real \u00e0 Madrid une vision d\u00e9cal\u00e9e de Madame Butterfly, mise en ab\u00eeme d&rsquo;un tournage cin\u00e9matographique. Il la reprend aujourd&rsquo;hui. Le proc\u00e9d\u00e9 n&rsquo;est pas nouveau mais peut \u00eatre efficace. Cette fois il ne l&rsquo;est pas. Et finalement on assiste au double suicide, celui de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne la jeune Cio-Cio-San, attendu dans le final et celui de l&rsquo;op\u00e9ra \u00e9cras\u00e9 par la pesanteur de la carapace inutile de la conception sc\u00e9nique qui n&rsquo;avantage pas l&rsquo;interpr\u00e9tation des chanteurs et de l&rsquo;orchestre.\u00a0Que n&rsquo;a-t-on pas divagu\u00e9 sur ce drame en l&rsquo;interpr\u00e9tant \u00e0 toutes les sauces : le machisme de Pinkerton, s\u00e9ducteur abominable de la jeune femme innocente, l&rsquo;imp\u00e9rialisme et l&rsquo;arrogance am\u00e9ricaine, etc. Chaque \u00e9poque scrutait Madame Butterfly avec sa grille de valeur. Comment aujourd&rsquo;hui depuis notre perspective post post\u2026 tout, raconter cette histoire hors du v\u00e9risme, de l&rsquo;image poussi\u00e9reuse du Japon et hors du path\u00e9tisme ? L&rsquo;id\u00e9e de Mario Gas \u00e9tait de recourir au m\u00e9talangage, c&rsquo;est-\u00e0-dire mettre l&rsquo;op\u00e9ra en ab\u00eeme du cin\u00e9ma, en l&rsquo;occurrence du tournage de Madame Butterfly dans un studio d&rsquo;Hollywood dans les ann\u00e9es 1930, au d\u00e9but du cin\u00e9ma sonore. L&rsquo;id\u00e9e a priori bonne, permettant de cr\u00e9er une distance, en d\u00e9pouillant l&rsquo;op\u00e9ra de son caract\u00e8re v\u00e9riste et en le transformant en une fiction d&rsquo;un cin\u00e9ma recourant aux images et aux clich\u00e9s du Japon que les producteurs d&rsquo;Hollywood et le public am\u00e9ricain pouvaient avoir \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Ainsi Mario Gas cr\u00e9e-t-il dans sa mise en sc\u00e8ne trois perspectives simultan\u00e9es : l&rsquo;op\u00e9ra en tant que tel qui se repr\u00e9sente sur sc\u00e8ne; son tournage correspondant \u00e0 sa vision \u00e0 Hollywood; les projections sur l&rsquo;\u00e9cran des personnages en gros plan film\u00e9s en direct pendant la repr\u00e9sentation de l&rsquo;op\u00e9ra.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-11038\" src=\"http:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/butterfly-madrid.jpg\" alt=\"\" width=\"420\" height=\"360\" data-id=\"11038\" srcset=\"https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/butterfly-madrid.jpg 420w, https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/butterfly-madrid-58x50.jpg 58w\" sizes=\"auto, (max-width: 420px) 100vw, 420px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Au lieu de d\u00e9noncer les clich\u00e9s sur le Japon le spectacle les multiplie. Certes on ne peut manipuler ni enlever quoi que ce soit du sc\u00e9nario puccinien tr\u00e8s pr\u00e9cis, mais sa mise en ab\u00eeme propos\u00e9e par Mario Gas ne fonctionne pas. La sc\u00e9nographie d&rsquo;Ezio Frigerio dont on conna\u00eet le travail magnifique avec entre autres Strehler, Planchon, Lavelli, R\u00e9gy, est tr\u00e8s pesante, peu imaginative. Un quart d&rsquo;heure avant que le spectacle ne commence le public qui arrive voit sur la sc\u00e8ne, transform\u00e9e en plateau de tournage, les techniciens en train d&rsquo;installer, des cam\u00e9ras sur roues et d&rsquo;autres en hauteur, les perches de prise de son, etc. Passent les habilleuses avec les costumes suspendus sur des portants, les sc\u00e9naristes avec leurs scripts, les r\u00e9alisateurs discutent entre eux pendant que les techniciens fixent les \u00e9quipements. Tout ce monde en costumes 1930, \u00e0 l&rsquo;am\u00e9ricaine, avec casquettes, chapeaux. Au centre une construction rectangulaire sur un plateau tournant, le d\u00e9cor de l&rsquo;op\u00e9ra film\u00e9 qui repr\u00e9sente d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une maison japonaise avec des portes coulissantes et de l&rsquo;autre l&rsquo;ext\u00e9rieur de la maison avec une barri\u00e8re devant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-11039\" src=\"http:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/butterfly-madrid2.jpg\" alt=\"\" width=\"450\" height=\"316\" data-id=\"11039\" srcset=\"https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/butterfly-madrid2.jpg 450w, https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/butterfly-madrid2-71x50.jpg 71w\" sizes=\"auto, (max-width: 450px) 100vw, 450px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pendant tout ce remue-m\u00e9nage les chanteurs arrivent sur sc\u00e8ne. Durant\u00a0 le d\u00e9roulement de l&rsquo;op\u00e9ra les cam\u00e9ras se d\u00e9placent autour de ce dispositif. Les images en noir et blanc des personnages de l&rsquo;op\u00e9ra, projet\u00e9es en haut de la sc\u00e8ne, sont film\u00e9es en direct par d&rsquo;autres cam\u00e9ras. Pendant le spectacle les machinistes, les accessoiristes, sont assis des deux c\u00f4t\u00e9s du plateau. Les maquilleuses retouchent a vu certains personnages. Tous les artifices du tournage sont apparents. Les Japonais de l&rsquo;op\u00e9ra sont en kimonos revus par les Am\u00e9ricains. Pinkerton dans le Ier acte en uniforme blanc de la marine, dans le IIIe acte en uniforme bleu. Le consul en costume gris, chapeau. Cio-Cio-San dans le Ier et IIIe actes en kimono, dans le II acte en robe occidentale courte ann\u00e9es 1960.Les man\u0153uvres des techniciens du tournage recommencent \u00e0 l&rsquo;entracte entre le Ier et le IIe acte et pendant une br\u00e8ve pause entre le IIe et le IIIe acte. C&rsquo;est lourd et d\u00e9monstratif.\u00a0 De m\u00eame quant \u00e0 la conception du jeu des chanteurs. Pour \u00e9chapper au path\u00e9tique on tombe dans le trivial mais le path\u00e9tique revient de suite. L&rsquo;\u00e9volution de Cio-Cio-San d&rsquo;une jeune femme innocente, fascin\u00e9e par le monde occidental \u00e0 une femme murie, \u00e9prouv\u00e9e, qui d\u00e9cide de se suicider, marqu\u00e9e \u00e0 gros traits, n&rsquo;est pas tr\u00e8s cr\u00e9dible tout comme son \u00ab am\u00e9ricanisation \u00bb au moyen d&rsquo;un d\u00e9guisement en robe occidentale des ann\u00e9es 1960.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter  wp-image-11041\" src=\"http:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/butterfly-madrid4.jpg\" alt=\"\" width=\"290\" height=\"412\" data-id=\"11041\" srcset=\"https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/butterfly-madrid4.jpg 340w, https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/butterfly-madrid4-35x50.jpg 35w\" sizes=\"auto, (max-width: 290px) 100vw, 290px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le jeu de Goro, Francisco Vas, l&rsquo;entremetteur, est une caricature de la gestuelle et du comportement des Japonais. Est-ce pour insister sur la vision caricaturale que les Am\u00e9ricains ont des Japonais ? Ce qui en effet pointe souvent dans la mise en sc\u00e8ne est un tr\u00e8s apparent antiam\u00e9ricanisme, Pinkerton \u00e9tant un paradigme d&rsquo;un conqu\u00e9rant am\u00e9ricain qui a droit \u00e0 tout et \u00e0 qui tout appartient. Sans doute pour \u00e9viter le path\u00e9tique et l&#8217;emphase Andr\u00e9as Car\u00e9 vocalement \u00e0 la hauteur en Pinkerton, manque d&rsquo;\u00e9motion. En revanche Hui He en Cio-Cio-San, chanteuse chinoise qui a une grande carri\u00e8re internationale, soprano ample, dramatique, souligne le tragique autant dans l&rsquo;expression vocale que dans le jeu st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9, parfois outr\u00e9, particuli\u00e8rement dans la sc\u00e8ne du suicide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Gemma Coma Alabert parfaite, \u00e9mouvante et retenue en Suzuki apporte une authentique humanit\u00e9 au drame encombr\u00e9 de clich\u00e9s et d&rsquo;artifice. L&rsquo;orchestre sous la baguette de Marco Armiliato affronte vaillamment la complexe et difficile partition puccinienne en rendant avec sensibilit\u00e9 sa coloration orientale, les contrastes entre les th\u00e8mes occidentaux et la d\u00e9licatesse des sonorit\u00e9s japonisantes, les moments mena\u00e7ants, tragiques et les envol\u00e9es lyriques d&rsquo;une puret\u00e9 et d&rsquo;une po\u00e9sie extraordinaires. Finalement le r\u00eave japonais de Puccini d\u00e9pos\u00e9 dans sa musique peut faire oublier tous les artifices de l&rsquo;image.<\/p>\n<p><em>Cr\u00e9dit photo: Javier del Real\u00a0|\u00a0Teatro Real<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>27 juin &#8211; 21 juillet 2017,\u00a0 Teatro Real de Madrid Madame Butterfly de Giacomo Puccini. Livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica bas\u00e9 sur l&rsquo;\u0153uvre de th\u00e9\u00e2tre Madame Chrysanth\u00e8me de David Belasco. Mise en sc\u00e8ne Mario Gas,direction musicale Marco Armiliato, sc\u00e9nographie Ezio Frigerio. 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