{"id":12751,"date":"2018-02-01T22:22:27","date_gmt":"2018-02-01T22:22:27","guid":{"rendered":"http:\/\/afficha.info\/?p=12751"},"modified":"2018-02-01T22:23:15","modified_gmt":"2018-02-01T22:23:15","slug":"crime-et-chatiment","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/afficha.info\/?p=12751","title":{"rendered":"Crime et ch\u00e2timent"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"dates-evenement\">Du 26 janvier au 9 f\u00e9vrier 2018<\/span> <span class=\"lieu-evenement\">au\u00a0Teatro Real, Madrid<\/span><\/p>\n<p><strong>Dead man walking[i],op\u00e9ra en deux actes<\/strong><\/p>\n<p><em>Musique de Jake Heggie\/Livret de Terrence McNally d&rsquo;apr\u00e8s\u00a0le livre de la s\u0153ur Helen Prejean<\/em><\/p>\n<p><em>mise en sc\u00e8ne Leonard Foglia\/direction musicale Mark Wigglesworth<\/em><\/p>\n<p><em>Ch\u0153ur et orchestre titulaires du Teatro Real\/Petits chanteurs de la ORCAM<\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-12752\" src=\"http:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/deadmadrid.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"351\" data-id=\"12752\" srcset=\"https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/deadmadrid.jpg 500w, https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/deadmadrid-71x50.jpg 71w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Cr\u00e9\u00e9 en 2000 \u00e0 San Francisco Dead man walking, premier op\u00e9ra de Jake Heggie, a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent dans plus de 50 th\u00e9\u00e2tres du monde. Son extraordinaire succ\u00e8s est d\u00fb \u00e0 la fois \u00e0 la qualit\u00e9 et \u00e0 la grande beaut\u00e9 de la musique de Jake Heggie et au sujet : le cheminement d&rsquo;un criminel condamn\u00e9 \u00e0 la peine de mort jusqu&rsquo;\u00e0 son ex\u00e9cution, trait\u00e9 de fa\u00e7on crue et r\u00e9aliste.\u00a0\u00c0 l&rsquo;origine de l&rsquo;op\u00e9ra un fait r\u00e9el, l&rsquo;assassinat monstrueux d&rsquo;un jeune couple et le livre autobiographique de la s\u0153ur Helen Prejean relatant ses rencontres avec l&rsquo;assassin dans la prison jusqu&rsquo;\u00e0 son ex\u00e9cution.\u00a0Contrairement au film r\u00e9alis\u00e9 en 1995 par Tim Robbins, articul\u00e9 sur la probl\u00e9matique de la peine de mort, le livret de Dead man walking est centr\u00e9 sur le th\u00e8me du repentir et de la r\u00e9demption qui g\u00e9n\u00e8re de multiples questions. Le pardon est-il possible ? Peut-on pardonner au nom des victimes mortes, assassin\u00e9es ? L&#8217;empathie avec la souffrance de la famille des victimes et l&#8217;empathie avec la souffrance de la famille de l&rsquo;assassin sont-elles conciliables ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0La question de la l\u00e9gitimit\u00e9 de la peine de mort, est-elle compatible avec les droits de l&rsquo;homme ? Peut-on aborder cette probl\u00e9matique avec comme pr\u00e9misse le rejet de la peine de mort ? Le livret adopte le point de vue de la s\u0153ur Helen Prejean, \u00e9minemment chr\u00e9tien, qui bien qu&rsquo;elle soit assaillie par les doutes, les contradictions, s&rsquo;en remet \u00e0 la bont\u00e9 et au pardon divin qui sous-tendent toute la rh\u00e9torique du repentir, de la r\u00e9demption et de la compassion. Mais si on aborde la question du crime et du ch\u00e2timent dans une perspective la\u00efque, exempte de tous ces concepts propres \u00e0 l&rsquo;id\u00e9ologie chr\u00e9tienne et \u00e0 la rh\u00e9torique sentimentaliste, compassionnelle, nos crit\u00e8res, nos questions et nos r\u00e9ponses deviennent purement concrets et rationnelles.\u00a0Il est extr\u00eamement rare qu&rsquo;une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre ou un op\u00e9ra fasse surgir des questions essentielles, suscitant un d\u00e9bat profond sur les valeurs, les lois et la justice qui fondent notre soci\u00e9t\u00e9, mais aussi sur la confusion entre les acceptions spirituelles, sentimentales et rationnelles de la r\u00e9alit\u00e9, de nos existences et de nos actes.\u00a0Rares sont les \u0153uvres de cette dimension esth\u00e9tique et de cette port\u00e9e \u00e9thique et philosophique sur la vie, l&rsquo;amour et la mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-12753\" src=\"http:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/deadmadrid3.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"340\" data-id=\"12753\" srcset=\"https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/deadmadrid3.jpg 500w, https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/deadmadrid3-74x50.jpg 74w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0En 1977 Elmo Patrick Sonnier avec son fr\u00e8re attaquent un jeune couple, violent la jeune femme et assassinent atrocement les deux jeunes. Patrick Sonnier est condamn\u00e9 \u00e0 mort, son fr\u00e8re \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. Patrick Sonnier, devenu dans le livret Joseph De Rocher, \u00e9crit \u00e0 une jeune religieuse de Louisiane qui s&rsquo;occupe des jeunes d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s, en lui demandant de devenir son guide spirituel. Helen Prejean, la religieuse, accepte, retrouve le condamn\u00e9 dans sa prison et engage avec lui une relation singuli\u00e8re. Un voyage int\u00e9rieur, chacun d&rsquo;eux avec ses fantasmes, ses peurs, ses sentiments et ses doutes, se confronte avec l&rsquo;\u00e9vidence terrible des faits, du d\u00e9sir de vengeance des parents des victimes, la souffrance, l&rsquo;incompr\u00e9hension et le refus de la m\u00e8re du criminel d&rsquo;admettre la culpabilit\u00e9 de son fils, enfin \u00e0 l&rsquo;approche implacable de la mort. Un voyage de transformation et de r\u00e9demption. Joseph De Rocher qui avait pris contact avec H\u00e9l\u00e8ne Prejean pour l&rsquo;utiliser et obtenir gr\u00e2ce \u00e0 elle un all\u00e9gement de sa peine, va petit \u00e0 petit se laisser convaincre par le discours de la religieuse d&rsquo;assumer sa responsabilit\u00e9 et de se repentir de son crime.\u00a0Elle, divis\u00e9e entre l&rsquo;effroi face \u00e0 la monstruosit\u00e9 de l&rsquo;assassinat et une fascination qu&rsquo;exerce sur elle cet acte inhumain, va s&rsquo;appuyer sur la force de sa foi en un \u00eatre humain, cr\u00e9ature de Dieu et dans le pouvoir r\u00e9dempteur de l&rsquo;amour, pour amener Joseph \u00e0 reconna\u00eetre l&rsquo;horreur de son crime et \u00e0 demander pardon.\u00a0Helen Prejean a consign\u00e9 son parcours spirituel avec Joseph De Rocher, qu&rsquo;elle a accompagn\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 son ex\u00e9cution, dans un livre autobiographique sur lequel est bas\u00e9 le livret de l&rsquo;op\u00e9ra compos\u00e9 en deux actes, le premier comprenant 10 sc\u00e8nes, le second 8, con\u00e7ues sur le mode de s\u00e9quences cin\u00e9matographiques. L&rsquo;op\u00e9ra commence par un prologue, la sc\u00e8ne de l&rsquo;assassinat et s&rsquo;ach\u00e8ve avec la sc\u00e8ne de l&rsquo;ex\u00e9cution, toutes les deux repr\u00e9sent\u00e9es de fa\u00e7on assez r\u00e9aliste. Les rencontres de Helen Prejean avec Joseph De Rocher s&rsquo;alternent avec les rencontres de la religieuse avec les familles des victimes anim\u00e9es par le d\u00e9sir de vengeance, la m\u00e8re de Joseph et sa cons\u0153ur religieuse Rose qui la soutient dans son entreprise.\u00a0Tout ceci ayant pour fond la brutalit\u00e9, voire l&rsquo;inhumanit\u00e9 de la vie p\u00e9nitentiaire.<\/p>\n<p>\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Outre la perspective chr\u00e9tienne de l&rsquo;approche du sujet qui va de soi, \u00e9tant donn\u00e9 la profession religieuse de la protagoniste, le livret ne tombe pas dans l&rsquo;\u00e9cueil d&rsquo;un manich\u00e9isme simpliste mais au contraire confronte les points de vue et des attitudes contradictoires.\u00a0Nonobstant, dans le final, la mis\u00e9ricorde divine prend le dessus sur la justice rendue par les hommes.\u00a0<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-12754\" src=\"http:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/deadmadrid2.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"340\" data-id=\"12754\" srcset=\"https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/deadmadrid2.jpg 500w, https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/deadmadrid2-74x50.jpg 74w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/p>\n<p>\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Jake Heggie n&rsquo;a jamais occult\u00e9 ses multiples influences (Britten, Bernstein, Janacek, Ravel, Debussy, Prokofiev, Gershwin, Puccini, etc.) dont il s&rsquo;est nourri pour cr\u00e9er son propre langage d&rsquo;une \u00e9norme vari\u00e9t\u00e9 rythmique, m\u00e9lodique et qui est surtout \u00e9minemment th\u00e9\u00e2tral.\u00a0Dans Dead man walking\u00a0 Jake Heggie recourt \u00e0 un langage tonal avec entre autres des rythmes afro-am\u00e9ricains, des r\u00e9f\u00e9rences au jazz, au gospel, des longs r\u00e9citatifs dramatiques li\u00e9s aux passages m\u00e9lodiques.\u00a0Le r\u00f4le du ch\u0153ur est important dans la trame. Une seule remarque, les moments de fortes tensions dramatiques sont parfois trop soulign\u00e9s dans la partition orchestrale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Sur le plateau, l\u00e9g\u00e8rement sur\u00e9lev\u00e9, des tours m\u00e9talliques des deux c\u00f4t\u00e9s avec des escaliers \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur constituent la partie fixe du dispositif dans lequel apparaissent, dans certaines sc\u00e8nes, des \u00e9l\u00e9ments mobiles qui descendent des cintres : des tubes en fer qui dans le prologue \u00e9voquent un parc o\u00f9 se produit l&rsquo;assassinat, des grilles et des passerelles qui d\u00e9limitent plusieurs espaces dans la prison. Le parloir est \u00e9voqu\u00e9 par deux panneaux et une rampe lumineuse qui s\u00e9pare les interlocuteurs. Les uniques projections : routes, paysages, villes, interviennent dans la sc\u00e8ne du voyage de la s\u0153ur Helen jusqu&rsquo;\u00e0 la prison.\u00a0Dans la derni\u00e8re sc\u00e8ne, tr\u00e8s r\u00e9aliste, on apporte une sorte de table m\u00e9dicale qu&rsquo;on fixe au sol, sur laquelle on attache Joseph De Rocher pour l&rsquo;ex\u00e9cuter. Cette sc\u00e8ne aurait eu un effet beaucoup plus fort et gagnerait en intensit\u00e9 si elle \u00e9tait plus courte. Le silence, puis la musique qui souligne lourdement l&rsquo;\u00e9motion, le path\u00e9tique de l&rsquo;ultime \u00e9change entre Helen et Joseph, tout ceci est trop d\u00e9monstratif, fabriqu\u00e9 pour provoquer l&rsquo;\u00e9motion amplifi\u00e9e encore par l&rsquo;hymne religieux que chante s\u0153ur Helen He will gather us around (Dieu nous r\u00e9unira tous).\u00a0Le m\u00eame hymne est chant\u00e9 au d\u00e9but par le ch\u0153ur des jeunes d\u00e9favoris\u00e9s dont la religieuse a la charge.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Mises \u00e0 part ces quelques r\u00e9serves, la mise en sc\u00e8ne de Leonard Foglia, d&rsquo;une grande coh\u00e9rence et intelligence, narre ce parcours vers la mort \u00e0 travers des sc\u00e8nes d&rsquo;une grande force dramatique qui s&rsquo;encha\u00eenent avec une parfaite fluidit\u00e9. On ne saurait jamais louer suffisamment le m\u00e9rite des solistes et avant tout des protagonistes principaux : Joyce DiDonato mezzo-soprano lyrique, souple, l\u00e9g\u00e8re, d&rsquo;un registre expressif peu commun qui rend toute la complexit\u00e9 des sentiments contradictoires d&rsquo;Helen Prejean et Michael Mayes, baryton, conf\u00e9rant \u00e0 Joseph De Rocher une grande intensit\u00e9 \u00e9motionnelle et une authenticit\u00e9 psychologique avec un parfait naturel dans son jeu.\u00a0On ressent depuis la salle un engagement total de tous les interpr\u00e8tes, non seulement artistique mais aussi \u00e9thique, conscients qu&rsquo;ils sont en train de vivre et de nous faire vivre une exp\u00e9rience qui remet en question nos convictions profondes, nos jugements et nos certitudes.<\/p>\n<p>[i] Dead man walking d\u00e9signe en argot des gardiens de prison un condamn\u00e9 transf\u00e9r\u00e9 depuis sa cellule jusqu&rsquo;au lieu de l&rsquo;ex\u00e9cution.<\/p>\n<p><em>Cr\u00e9dit photo:\u00a0Javier del Real | Teatro Real<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Du 26 janvier au 9 f\u00e9vrier 2018 au\u00a0Teatro Real, Madrid Dead man walking[i],op\u00e9ra en deux actes Musique de Jake Heggie\/Livret de Terrence McNally d&rsquo;apr\u00e8s\u00a0le livre de la s\u0153ur Helen Prejean mise en sc\u00e8ne Leonard Foglia\/direction musicale Mark Wigglesworth Ch\u0153ur et orchestre titulaires du Teatro Real\/Petits chanteurs de la ORCAM \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Cr\u00e9\u00e9 &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":2,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-12751","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-divers"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12751","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12751"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12751\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12751"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=12751"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=12751"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}