{"id":13729,"date":"2018-04-29T23:16:01","date_gmt":"2018-04-29T23:16:01","guid":{"rendered":"http:\/\/afficha.info\/?p=13729"},"modified":"2018-04-29T23:17:25","modified_gmt":"2018-04-29T23:17:25","slug":"seule-reste-la-parole","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/afficha.info\/?p=13729","title":{"rendered":"Seule reste la parole"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"dates-evenement\">Au Teatro Pav\u00f3n Kamikaze de Madrid du 25 avril au 13 mai 2018<\/span><\/p>\n<p><em>Ilusiones (Illusions)\u00a0de Ivan Viripaev, mise en sc\u00e8ne Miguel del Arco, traduction Helena S\u00e1nchez Kriukova.<\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter  wp-image-13728\" src=\"http:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/madrisillusionsvignette.jpg\" alt=\"\" width=\"506\" height=\"337\" data-id=\"13728\" srcset=\"https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/madrisillusionsvignette.jpg 300w, https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/madrisillusionsvignette-75x50.jpg 75w\" sizes=\"auto, (max-width: 506px) 100vw, 506px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis deux saisons, Miguel del Arco, directeur de la compagnie kamikaze et du Teatro Pavon (th\u00e9\u00e2tre priv\u00e9), affirme sa politique, litt\u00e9ralement kamikaze, avec son pari sur la cr\u00e9ation contemporaine et ses programmations risqu\u00e9es de textes d&rsquo;auteurs peu connus ou inconnus.\u00a0Avec sa cr\u00e9ation de \u00ab\u00a0Illusions\u00a0\u00bb du dramaturge et metteur en sc\u00e8ne Ivan Viripaev (1974), leader de la nouvelle dramaturgie russe, Miguel del Arco fait d\u00e9couvrir en Espagne non seulement un auteur de premier plan, d\u00e9j\u00e0 reconnu internationalement, mais aussi un th\u00e9\u00e2tre singulier, \u00ab existentialiste \u00bb qui, dans sa vision du monde et de l&rsquo;existence humaine a quelque chose de cald\u00e9ronien, de beckettien et de la conception japonaise de la vie et de la mort.\u00a0Un th\u00e9\u00e2tre qui philosophe \u00e0 la Montaigne, sans \u00eatre philosophique ou d\u00e9monstratif d&rsquo;id\u00e9es et de th\u00e8ses, comme l&rsquo;est celui de Sartre. Un th\u00e9\u00e2tre qui ne se pr\u00e9occupe pas du sens tragique de la vie, puisque la vie n&rsquo;a pas de sens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Illusions est un th\u00e9\u00e2tre de la parole, du r\u00e9cit, forme originaire du th\u00e9\u00e2tre. C&rsquo;est un th\u00e9\u00e2tre qui raconte, de fa\u00e7on al\u00e9atoire, des fragments de vie, ou se fait m\u00e9dium des personnages morts qui parlent par la bouche de ceux qui narrent leurs histoires.\u00a0En v\u00e9ritable auteur du XXIe s., ayant assimil\u00e9 des philosophies et des courants de pens\u00e9e du pass\u00e9, Ivan Viripaev aborde dans son \u0153uvre, avec humour et ironie, la question de l&rsquo;existence comme un amoncellement de divers fragments qui n&rsquo;ont aucun lien entre eux, dont l&rsquo;unique finalit\u00e9 est la mort.\u00a0Son th\u00e9\u00e2tre est aux antipodes du th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;id\u00e9es qui expose, argumente et conclu. Il n&rsquo;est pas une illustration de dogmes philosophiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-13732\" src=\"http:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/madridillusions3.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" data-id=\"13732\" srcset=\"https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/madridillusions3.jpg 500w, https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/madridillusions3-75x50.jpg 75w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Illusions\u00a0 raconte les histoires entrelac\u00e9es de deux couples mari\u00e9s, r\u00e9v\u00e9lant les paradoxes de la passion et de la mort, de la loyaut\u00e9 et de la trahison, de la r\u00e9alit\u00e9 et de la fiction.\u00a0La pi\u00e8ce commence avec la mort de Dani et finit avec celle des trois autres protagonistes : Sandra, Margarita, et Alberto. Tous les quatre meurent \u00e0 un peu plus de 80 ans. Chacun d&rsquo;eux cherche son lieu dans le monde, certains le trouvent dans des endroits aussi insolites que l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une armoire ou la surface d&rsquo;une pierre dans le d\u00e9sert australien.\u00a0Les personnages posent des questions sur le sens de la vie, les choix qu&rsquo;ils ont faits, sur l&rsquo;amour v\u00e9ritable, l&rsquo;amiti\u00e9, le bonheur et la mort. Comme la vie en soi n&rsquo;a pas de sens, seul le v\u00e9ritable amour peut la justifier. Un amour partag\u00e9 ? Ou pas obligatoirement ? Les opinions divergent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu&rsquo;est-ce que la v\u00e9rit\u00e9 et la r\u00e9alit\u00e9 ? Et si elles n&rsquo;existaient pas ? \u00ab L&rsquo;amour c&rsquo;est quelque chose de simple mais \u00e0 la port\u00e9e de peu de personnes \u00bb, dit Dani. Tout est furtif. Y a-t-il quelque chose de p\u00e9renne dans ce cosmos changeant ? se demandent-ils en regardant le ciel \u00e9toil\u00e9. La vie est-ce une illusion, une ombre ?\u00a0Dans la pi\u00e8ce de Viripaev ces th\u00e8mes et questions philosophiques sont d\u00e9bord\u00e9s par le grotesque, typiquement russe, absurde et par l&rsquo;humour d\u00e9vastateur.\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La philosophie propos\u00e9e par Viripaev et pratiqu\u00e9e par ses personnages pourrait \u00eatre r\u00e9sum\u00e9e ainsi : pendant que tout se termine, jouissons de la vie. \u00c9tant donn\u00e9 que rien n&rsquo;a de sens et autant la vie que la mort sont incompr\u00e9hensibles, tout est jeu, jeu de th\u00e9\u00e2tre sur la sc\u00e8ne du monde, o\u00f9 on raconte les vies \u00e9ph\u00e9m\u00e8res des personnages. L&rsquo;unique chose qui restera de la vie de chacun c&rsquo;est le r\u00e9cit, m\u00e9lange du r\u00e9el, du fictif et du r\u00eave. Viripaev r\u00e9fracte les vies des protagonistes dans les r\u00e9cits des narrateurs anonymes (des jeunes acteurs dans le spectacle) : femme 1, femme 2, homme 1, homme 2, qui parlent \u00e0 la troisi\u00e8me personne en s&rsquo;adressant au public. Dans leurs r\u00e9cits, \u00e0 certains moments, font irruption les protagonistes qui, parlant \u00e0 la premi\u00e8re personne par la bouche des narrateurs, contredisent leurs versions, racontent eux m\u00eames certains \u00e9pisodes de leur vie.\u00a0\u00c0 l&rsquo;instar de la vie fragment\u00e9e, les r\u00e9cits des narrateurs et des protagonistes, forment une mosa\u00efque de visions et de versions diff\u00e9rentes, parfois contradictoires. Viripaev complexifie la relation acteur, narrateur et personnage. L&rsquo;acteur, qui quelquefois s&rsquo;affirme comme tel, joue le narrateur qui incarne, \u00e0 certains moments, l&rsquo;un ou l&rsquo;autre des personnages, en \u00e9changeant parfois avec eux, de sorte que le monologue se dialoguise. Il n&rsquo;y a aucune logique dans la structure des fragments racont\u00e9s. Pourquoi ont-ils choisi ces fragments et non pas d&rsquo;autres ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-13733\" src=\"http:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/madridillusions.jpg\" alt=\"\" width=\"490\" height=\"344\" data-id=\"13733\" srcset=\"https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/madridillusions.jpg 490w, https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/madridillusions-71x50.jpg 71w\" sizes=\"auto, (max-width: 490px) 100vw, 490px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Miguel del Arco, tr\u00e8s inspir\u00e9 par la pi\u00e8ce, sa structure complexe, son humour, sa langue entre le sublime et le prosa\u00efque, l&rsquo;\u00e9vident et le myst\u00e9rieux, cr\u00e9e un \u00ab grand th\u00e9\u00e2tre du monde \u00bb dans lequel les \u00eatres humains viennent raconter leurs vies \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, font quelques pirouettes et s&rsquo;en vont.\u00a0Un monde baroque en permanent mouvement, avec ses trompe-l&rsquo;\u0153il, ses artifices, ses jeux entre le visible et l&rsquo;invisible, la v\u00e9rit\u00e9 et le mensonge.\u00a0Sur sc\u00e8ne, des objets h\u00e9t\u00e9roclites amoncel\u00e9s, tels les reliques de vie ou des restes de pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre. Devant, quelques chaises, \u00e0 gauche, sur une petite plateforme, trois fauteuils de th\u00e9\u00e2tre et une bo\u00eete qui tournent comme un man\u00e8ge (m\u00e9taphore du th\u00e9\u00e2tre ?). Derri\u00e8re, un escalier et une fausse porte de sortie (sc\u00e9nographie Eduardo Moreno).\u00a0Au d\u00e9but du spectacle les acteurs sont en smoking, puis mettent des v\u00eatements de sport et \u00e0 la fin de nouveau les smokings. Avant que le spectacle ne commence, les acteurs se prom\u00e8nent sur la sc\u00e8ne, parlent entre eux, s&rsquo;adressent \u00e0 quelques spectateurs, montrent les photos des personnages vieux \u00e0 la fin de leur vie.\u00a0Le jeu avec le public se r\u00e9p\u00e8te \u00e0 d&rsquo;autres occasions avec des ruptures humoristiques dans la trame et \u00e0 la fin, ils saluent en disant \u00ab \u00e0 bient\u00f4t \u00bb.\u00a0Avec une absolue ma\u00eetrise de la structure dramaturgique de la pi\u00e8ce, Miguel del Arco compose sur sc\u00e8ne une partition polyphonique de voix, de mouvements, de moments musicaux et de danse (samba, chanson de Tina Turner).\u00a0Les narrateurs introduisent parfois leurs r\u00e9cits par : \u00ab maintenant je vais vous raconter \u00bb ou \u00ab c&rsquo;est l&rsquo;histoire de la disparition de Margarita \u00bb etc. Parfois les monologues se transforment en brefs dialogues pol\u00e9miques, ou en moments choraux, dans un brouhaha.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout au long du spectacle les r\u00e9cits, qui surgissent de fa\u00e7on al\u00e9atoire, cr\u00e9ent une vision baroque des vies des protagonistes avec des clairs obscurs, des \u00e9nigmes et des variantes. La dramaturgie des \u00e9clairages, tr\u00e8s fine et pr\u00e9cise, cr\u00e9e des ambiances, cible les personnages, les situations, marque les moments dramatiques ou comiques.\u00a0Les quatre acteurs, \u00a0Marta Etura, Daniel Grao, Alejandro Jato y Ver\u00f3nica Ronda sont virtuoses en registres de tons, d&rsquo;expressions des sentiments et des \u00e9motions qui parfois contrastent avec la froideur distanci\u00e9e du regard du narrateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tous, totalement investis dans la pi\u00e8ce, avec une spontan\u00e9it\u00e9 et le naturel des enfants qui jouent, insufflent la vie aux personnages, \u00eatres \u00e0 la fois singuliers et reflets de l&rsquo;universel.\u00a0On doit \u00e0 Miguel del Arco autant la d\u00e9couverte d&rsquo;un grand auteur russe et de son \u0153uvre que la vision sc\u00e9nique magistrale, intelligente, profonde et claire qu&rsquo;il en donne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Cr\u00e9dit photos: Vanessa R\u00e1bade<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au Teatro Pav\u00f3n Kamikaze de Madrid du 25 avril au 13 mai 2018 Ilusiones (Illusions)\u00a0de Ivan Viripaev, mise en sc\u00e8ne Miguel del Arco, traduction Helena S\u00e1nchez Kriukova. &nbsp; Depuis deux saisons, Miguel del Arco, directeur de la compagnie kamikaze et du Teatro Pavon (th\u00e9\u00e2tre priv\u00e9), affirme sa politique, litt\u00e9ralement kamikaze, avec son pari sur la &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":1,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-13729","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-divers"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13729","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=13729"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13729\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=13729"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=13729"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=13729"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}