{"id":14079,"date":"2018-07-05T16:09:32","date_gmt":"2018-07-05T16:09:32","guid":{"rendered":"http:\/\/afficha.info\/?p=14079"},"modified":"2018-07-24T21:36:10","modified_gmt":"2018-07-24T21:36:10","slug":"un-kamikaze-profanateur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/afficha.info\/?p=14079","title":{"rendered":"Un kamikaze profanateur"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"lieu-evenement\"><em>Cr\u00e9\u00e9 au Teatro de la Comedia de Madrid\u00a0du 13 avril au 3 juin 2018<\/em><\/span><\/p>\n<p><span class=\"lieu-evenement\"><em>Au Festival de Almagro (Hospital de San Juan):du 5 au 15 juillet 2018<\/em><\/span><\/p>\n<h5><strong>El burlador de Sevilla (Le s\u00e9ducteur de S\u00e9ville)\u00a0<\/strong><strong>de Tirso de Molina<\/strong><\/h5>\n<p>version: Borja Ortiz de Gondra, mise en sc\u00e8ne : Josep Mar\u00eda Mestres<\/p>\n<p>Production du CNTC Teatro de Comedia Compania Nacional de Teatro Clasico<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter  wp-image-14080\" src=\"http:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/madridburlatotdeseville2.jpg\" alt=\"\" width=\"541\" height=\"306\" data-id=\"14080\" srcset=\"https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/madridburlatotdeseville2.jpg 500w, https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/madridburlatotdeseville2-84x48.jpg 84w\" sizes=\"auto, (max-width: 541px) 100vw, 541px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ah ! Don Juan combien de mauvais moments passes-tu \u00e0 notre \u00e9poque, toi, mouton noir du f\u00e9minisme triomphant avec \u00ab Me too\u00bb et du politiquement correct, qui ont fait de toi une figure embl\u00e9matique du pr\u00e9dateur cynique, du macho arrogant, d\u00e9linquant et profanateur des lois et des normes humaines et divines ! Malgr\u00e9 ces regards r\u00e9ducteurs et accusateurs, tu continues \u00e0 incarner la libert\u00e9 absolue, la foi en l&rsquo;homme, r\u00e9v\u00e9lant l&rsquo;hypocrisie, les bassesses et les couardises des faibles qui jugent ton audace infinie !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 Don Juan ! Avec ton sourire ironique, ta lucidit\u00e9 et ta soif insatiable de nouvelles aventures, allant toujours de l&rsquo;avant, \u00e0 travers les si\u00e8cles, regardant l&rsquo;humanit\u00e9 avec un m\u00e9lange de d\u00e9dain et de compassion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le superbe s\u00e9ducteur de S\u00e9ville est de retour sur les sc\u00e8nes avec ses d\u00e9fis, ses \u00e9clats de rire, son instinct de conquistador.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Borja Ortiz de Gondra, dans sa version de la pi\u00e8ce , et Josep Maria Mestres dans sa mise en sc\u00e8ne, proposent une lecture plus ouvert, nuanc\u00e9e, sans aucun manich\u00e9isme, de l&rsquo;\u0153uvre de Tirso de Molina, en mettant en relief les suppos\u00e9es victimes de Don Juan, qui non plus ne sont pas tout \u00e0 fait innocentes.\u00a0Fr\u00e9quemment les metteurs en sc\u00e8ne justifient le choix d&rsquo;une \u0153uvre classique par sa contemporan\u00e9it\u00e9 pr\u00e9sum\u00e9e, en la projetant sur notre pr\u00e9sent. La contemporan\u00e9it\u00e9 et l&rsquo;actualit\u00e9 du S\u00e9ducteur de S\u00e9ville et de la figure de Don Juan sont plus qu&rsquo;\u00e9videntes. Non la transgression de toutes les lois et les normes, est devenu une norme dans notre monde actuel, dans lequel Dieu est mort et ni l&rsquo;hypoth\u00e9tique ch\u00e2timent divin ni l&rsquo;enfer ne terrorisent personne. De m\u00eame la posture nihiliste de Don Juan et sa r\u00e9bellion contre toutes les limites et les m\u00e9canismes du syst\u00e8me dans lequel il vit, sont repr\u00e9sentatifs du nihilisme et de \u00ab\u00a0l&rsquo;anti tout\u00a0\u00bb qui triomphent dans notre soci\u00e9t\u00e9.\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-14081\" src=\"http:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/madridlabradeur-desevillle.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"334\" data-id=\"14081\" srcset=\"https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/madridlabradeur-desevillle.jpg 500w, https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/madridlabradeur-desevillle-75x50.jpg 75w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ses aventures Don Juan traverse toutes les strates de la soci\u00e9t\u00e9, nobles, bourgeois, paysans, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l&rsquo;abus de pouvoir, la pr\u00e9varication, l&rsquo;hypocrisie et l&rsquo;immoralit\u00e9 sont monnaies courantes. D\u00e9fiant et profanant toutes les valeurs que les autres font semblant de respecter, Don Juan met en \u00e9vidence les mensonges, l&rsquo;hypocrisie, leurs arrangements avec la loi et la morale.\u00a0Don Diego, le p\u00e8re de Don Juan, repr\u00e9sente tout ce que ce dernier refuse.\u00a0Pour ce qui est de ses suppos\u00e9es victimes, les femmes abus\u00e9es qui le d\u00e9noncent, toutes, sauf Do\u00f1a Ana forc\u00e9e contre sa volont\u00e9, sont consentantes, pour survivre ou pour leurs bas instincts et leur d\u00e9sir d&rsquo;ascension sociale. Don Gonzalo de Ulloa, p\u00e8re de Do\u00f1a Ana, et Catalinon, valet de Don Juan, sont des victimes collat\u00e9rales de sa conduite.\u00a0Avec la mort de Don Juan, Don Gonzalo de Ulloa est veng\u00e9 et l&rsquo;ordre est r\u00e9tabli, seul Catalinon, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, reste sans ressources, abandonn\u00e9 \u00e0 son sort.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-14082\" src=\"http:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/madridburlador-deseville.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"321\" data-id=\"14082\" srcset=\"https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/madridburlador-deseville.jpg 500w, https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/madridburlador-deseville-78x50.jpg 78w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans sa version, Borja Ortiz de Gondra, rapproche Catilinon de Sganarelle de Moli\u00e8re, en ins\u00e9rant dans le monologue final son cri douloureux \u00ab et maintenant moi qui va me payer \u00bb. En convoquant sur sc\u00e8ne Do\u00f1a Ana, Borja Ortiz de Gondra donne plus de relief aux victimes de Don Juan. Quelques coupures et arrangements d\u00e9pouillent le texte des \u00e9l\u00e9ments confus, en \u00e9clairant ainsi l&rsquo;\u0153uvre. Josep Maria Mestres articule sa mise en sc\u00e8ne sur le mythe de Don Juan qui, en traversant les si\u00e8cles, contamine, chaque fois plus, les actes, les attitudes et les comportements humains. Un Don Juan omnipr\u00e9sent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur le rideau de sc\u00e8ne sont projet\u00e9es les premi\u00e8res de couverture de quelques \u0153uvres de la litt\u00e9rature mondiale inspir\u00e9e par la figure de Don Juan. Au d\u00e9but du spectacle un tableau descend des cintres avec des fragments peints du visage de Don Juan. Les acteurs arrivent de la salle, dansent, chacun avec un petit tableau qui repr\u00e9sente un fragment du visage du s\u00e9ducteur de S\u00e9ville. Comme si nous avions tous quelque chose de lui.\u00a0L&rsquo;intemporalit\u00e9 de la figure de Don Juan s&rsquo;exprime autant dans le d\u00e9cor que dans les costumes qui ont quelques traits des si\u00e8cles pass\u00e9s, sans qu&rsquo;on puisse identifier l&rsquo;\u00e9poque avec pr\u00e9cision. Sur le plateau, quasiment vide, avec seulement de chaque c\u00f4t\u00e9 un fragment de mur qui se rapprochent dans la sc\u00e8ne du mausol\u00e9e, en limitant l&rsquo;espace. Au fond un petit escalier, derri\u00e8re un passage avec une rambarde, un panneau et des rideaux qui descendent, sugg\u00e9rant divers lieux. \u00c0 certains moments sont projet\u00e9es, sur le rideau du fond, des croix dans le mausol\u00e9e, des vagues de la mer, etc. Les seuls objets sur la sc\u00e8ne sont de petites tables carr\u00e9es qui servent aussi de si\u00e8ge. Le personnage de Gonzalo de Ulloa mort, les v\u00eatements et le visage peints comme s&rsquo;ils \u00e9taient en pierre, n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec une cr\u00e9ature terrifiante de l&rsquo;au-del\u00e0.<\/p>\n<p>Josep Maria Mestres \u00e9loigne sa mise en sc\u00e8ne tr\u00e8s plastique et inventive du r\u00e9alisme et de l&rsquo;historicisme, en lui conf\u00e9rant, avec une grande coh\u00e9rence dans les d\u00e9tails, un caract\u00e8re intemporel.\u00a0<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-14083\" src=\"http:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/madridburlateurdeseville4.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"281\" data-id=\"14083\" srcset=\"https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/madridburlateurdeseville4.jpg 500w, https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/madridburlateurdeseville4-84x47.jpg 84w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par exemple dans les sc\u00e8nes collectives de f\u00eates, de noces, les danses populaires et les chants des personnages, accompagn\u00e9s par une guitare, un accord\u00e9on et un saxophone, peuvent faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 n&rsquo;importe quelle \u00e9poque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On note l&rsquo;excellent travail de lumi\u00e8res de Junjo Llorens qui sculpte les espaces, module les atmosph\u00e8res, soulignant les moments joyeux, comiques ou dramatiques, avec, parfois, une touche fantastique ou onirique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La distribution tr\u00e8s harmonieuse est juste. Tous les interpr\u00e8tent, aussi bien les r\u00f4les principaux que les r\u00f4les secondaires, s&rsquo;engagent totalement dans leur jeu, cr\u00e9ant des personnages authentiquement humains, ni blanc ni noir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les femmes, excellentes, ne tombent pas dans les arch\u00e9types, nuan\u00e7ant leurs personnages, particuli\u00e8rement les paysannes Lara Grube (Aminta) y Mamen Camacho (Tisbea.), \u00e9blouissent par une grande vari\u00e9t\u00e9 de tons, de sentiments, d&rsquo;expressions.\u00a0Raul Prieto est magnifique en Don Juan, cam\u00e9l\u00e9onique, virtuose du cynisme, avec un fond humain, joueur imp\u00e9nitent, collectionneur d&rsquo;aventures, pariant tout chaque foi, y compris sa vie. Son compagnon, le fid\u00e8le Catalinon, est interpr\u00e9t\u00e9 par P\u00e9p\u00e9 Viyuela qui d\u00e9ploie toute sa gamme de comique, souvent avec une touche dramatique face aux actes risqu\u00e9s de son ma\u00eetre, et surtout, devant son d\u00e9fi au commandeur mort. Son r\u00e9cit de la mort de Don Juan et son cri \u00ab et maintenant, moi qui me paye\u00bb, ont quelque chose de comique et de tragiquement r\u00e9aliste.<\/p>\n<p>Dans sa vision de Don Juan Josep Maria Mestres met en lumi\u00e8re son contexte social avec ses vices et le passage du s\u00e9ducteur \u00e0 travers le temps, sans le juger. Et que celui qui veut le juger lui lance la premi\u00e8re pierre.<\/p>\n<p><em>Cr\u00e9dit photo:\u00a0 Marcos Gpunto<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cr\u00e9\u00e9 au Teatro de la Comedia de Madrid\u00a0du 13 avril au 3 juin 2018 Au Festival de Almagro (Hospital de San Juan):du 5 au 15 juillet 2018 El burlador de Sevilla (Le s\u00e9ducteur de S\u00e9ville)\u00a0de Tirso de Molina version: Borja Ortiz de Gondra, mise en sc\u00e8ne : Josep Mar\u00eda Mestres Production du CNTC Teatro de &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":5,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[329],"class_list":["post-14079","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-divers","tag-madrid-almagro"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/14079","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=14079"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/14079\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=14079"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=14079"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=14079"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}