{"id":2796,"date":"2014-09-15T10:11:48","date_gmt":"2014-09-15T10:11:48","guid":{"rendered":"http:\/\/afficha.info\/?p=2796"},"modified":"2014-10-04T09:14:44","modified_gmt":"2014-10-04T09:14:44","slug":"%d1%8e%d0%b4%d0%b6%d0%b8%d0%bd-%d0%be-%d0%bd%d0%b8%d0%bb-%d0%b2-%d0%bc%d0%b0%d0%b4%d1%80%d0%b8%d0%b4%d0%b5-%d0%bc%d1%83%d1%87%d0%b8%d1%82%d0%b5%d0%bb%d1%8c%d0%bd%d0%be%d0%b5-%d0%bf%d1%83%d1%82","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/afficha.info\/?p=2796","title":{"rendered":""},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Un douloureux voyage dans l&rsquo;enfer familial<\/p>\n<p><strong>Le long voyage vers la nuit (El largo viaje del dia hacia la noche) d&rsquo;Eugene O&rsquo;Neill, Teatro Marquina, Madrid. M<\/strong><strong><em>ise en sc\u00e8ne Juan Jose Afonso, adaptation Borja Ortiz de Gondra (Du 4 septembre 2014 \u00e0 janvier 2015 puis en tourn\u00e9e)<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2800\" src=\"http:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/MadridIr\u00e8neLe-long-voyage.jpg\" alt=\"MadridIr\u00e8neLe long voyage\" width=\"500\" height=\"334\" data-id=\"2800\" srcset=\"https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/MadridIr\u00e8neLe-long-voyage.jpg 500w, https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/MadridIr\u00e8neLe-long-voyage-74x50.jpg 74w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis plusieurs ann\u00e9es Juan Jose Afonso, un des plus importants metteurs en sc\u00e8ne espagnols, avait le projet de monter Le long voyage vers la nuit d&rsquo;Eugene O&rsquo;Neill. Il l&rsquo;aboutit enfin avec une distribution de haut vol. Dans sa mise en sc\u00e8ne remarquable en tout point, d\u00e9pouill\u00e9e, toute au service du texte, il va \u00e0 l&rsquo;essentiel, sculpte le langage d&rsquo;O&rsquo;Neill, rend magnifiquement sa puissance, son souffle po\u00e9tique, sa musicalit\u00e9 envo\u00fbtante.Le spectacle ovationn\u00e9 restera \u00e0 l&rsquo;affiche du Teatro Marquina, un des plus importants th\u00e9\u00e2tres priv\u00e9s madril\u00e8nes, jusqu&rsquo;en janvier 2015 avant de partir en tourn\u00e9e.<br \/>Il y a des auteurs sur lesquels on ne s&rsquo;interroge plus s&rsquo;ils sont nos contemporains car de toute \u00e9vidence ils le sont et Eugene O&rsquo;Neill (1888 1953) en fait partie. Le long voyage vers la nuit qu&rsquo;il \u00e9crit en 1941, \u00e0 53 ans, sa pi\u00e8ce la plus autobiographique, est un retour dans l&rsquo;enfer de la vie familiale \u00e0 ce moment d\u00e9cisif o\u00f9 \u00e0 24 ans, comme son personnage Edmond, fils cadet de la famille Tyrone, il apprend qu&rsquo;il a la tuberculose et prend conscience de sa vocation d&rsquo;\u00e9crivain.\u00a0Bas\u00e9 sur des faits authentiques de la vie intime et familiale d&rsquo;Eugene O&rsquo;Neill la pi\u00e8ce n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9e \u00e0 \u00eatre publi\u00e9e et cr\u00e9\u00e9e qu&rsquo;en 1956, 3 ans apr\u00e8s la mort de l&rsquo;auteur. Cependant il ne s&rsquo;agit gu\u00e8re d&rsquo;un r\u00e8glement de comptes ni de r\u00e9v\u00e9lation de secrets familiaux, c&rsquo;est plut\u00f4t une tentative d&rsquo;exorciser les blessures jamais cicatris\u00e9es, les traumatismes inextirpables.O&rsquo;Neill revient presque 30 ans apr\u00e8s sur les \u00e9v\u00e9nements qu&rsquo;il a v\u00e9cu cet \u00e9t\u00e9 de 1912, avec une lucidit\u00e9 et une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 en posant comme il l&rsquo;explique lui-m\u00eame : \u00ab un regard compatissant, compr\u00e9hensif sur chacun des personnages essayant de ne pas prendre parti et de les d\u00e9fendre malgr\u00e9 les souvenirs douloureux, baign\u00e9s de larmes et de sang. \u00a0O&rsquo;Neill touche dans Le long voyage vers la nuit l&rsquo;endroit n\u00e9vralgique de cette zone obscure, secr\u00e8te, o\u00f9 les attentes, les d\u00e9ceptions, les d\u00e9sirs frustr\u00e9s, les ressentiments, les haines et les tendresses d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es des uns et des autres s&rsquo;affrontent sans jamais pouvoir s&rsquo;apaiser. Un lieu d&rsquo;o\u00f9 on n&rsquo;arrive pas \u00e0 s&rsquo;\u00e9chapper. Pour ne pas s&rsquo;entred\u00e9truire on se d\u00e9truit soi-m\u00eame.\u00a0C&rsquo;est une journ\u00e9e anodine d&rsquo;ao\u00fbt 1912 qui \u00e0 mesure qu&rsquo;elle va avancer, se fondre dans le cr\u00e9puscule et s&rsquo;an\u00e9antir dans l&rsquo;obscurit\u00e9 de la nuit, sera le th\u00e9\u00e2tre du jaillissement du d\u00e9sespoir et du d\u00e9sarroi, des violences irr\u00e9pressibles, des v\u00e9rit\u00e9s retenues qui telles des lames de couteau tranchent, blessent, tuent. Comme si chacun des personnages, \u00e0 l&rsquo;intersection de ce jour et de cette nuit l\u00e0, allait inexorablement, sans autre issue, vers le terminus, la rupture ou la mort. Comme si une vieille photo de famille se mettait \u00e0 vivre devant nous la famille de O&rsquo;Neill, projet\u00e9e dans celle des Tyrone, va se d\u00e9chirer dans ce salon poussi\u00e9reux o\u00f9 on a du mal \u00e0 respirer, d&rsquo;une villa semblable \u00e0 celle du Connecticut o\u00f9 la famille de l&rsquo;\u00e9crivain passait les \u00e9t\u00e9s.\u00a0\u00c0 quelques traits pr\u00e8s les protagonistes de la pi\u00e8ce sont des portraits quasi exacts des membres de sa famille. James Tyrone, le p\u00e8re, comme celui de O&rsquo;Neill \u00e9tait un acteur de th\u00e9\u00e2tre populaire, de boulevard qui r\u00eavait d&rsquo;\u00eatre un acteur shakespearien. Mary Tyrone est un double de sa m\u00e8re, morphinomane, d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e, se prenant tant\u00f4t pour une victime tant\u00f4t s&rsquo;accusant de tout. O&rsquo;Neill se projette lui-m\u00eame en Edmund, fr\u00e8re cadet tuberculeux, suffoquant dans ce climat familial, rebelle et d\u00e9j\u00e0 po\u00e8te, jalous\u00e9 par son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 Jamie, ivrogne qui m\u00e8ne une vie dissip\u00e9e. \u00c0 ce quatuor s&rsquo;ajoute la jeune bonne, Cathleen, d\u00e9gourdie, un peu perverse, qui tire son \u00e9pingle du jeu dans ce gu\u00eapier.\u00a0Dans le Ier acte, dans une atmosph\u00e8re pesante, \u00e9lectrique comme avant la temp\u00eate, les personnages tentent de maintenir un semblant de coh\u00e9sion dans le d\u00e9sordre et la mis\u00e8re. Dans le IIe acte la tension monte, les dissensions, les ressentiments, les haines s&rsquo;exacerbent. Ivre Jamie avoue qu&rsquo;il ha\u00eft son fr\u00e8re au point de vouloir le tuer. Puis les personnages qui tentaient tant bien que mal d&rsquo;apaiser leurs conflits finissent par comprendre qu&rsquo;ils ont atteint et d\u00e9pass\u00e9 le point de non retour et que la \u00ab catastrophe \u00bb est imminente. Eugene O&rsquo;Neill fait partie de ces grands \u00e9crivains qui poss\u00e8dent l&rsquo;art de d\u00e9gager l&rsquo;histoire personnelle, intime, de l&rsquo;anecdote en lui conf\u00e9rant un sens m\u00e9taphorique, une dimension universelle et contemporaine pour des g\u00e9n\u00e9rations successives.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2801\" src=\"http:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/MadridIrenele-long-voyage3.jpg\" alt=\"MadridIrenele long voyage3\" width=\"500\" height=\"334\" data-id=\"2801\" srcset=\"https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/MadridIrenele-long-voyage3.jpg 500w, https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/MadridIrenele-long-voyage3-74x50.jpg 74w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><br \/>Dans son adaptation Borja Ortiz de Gondra condense la pi\u00e8ce, en relevant les temps forts des conflits entre les personnages qui n&rsquo;arrivent ni \u00e0 vivre ensemble ni \u00e0 se s\u00e9parer. Son texte limpide coule de source, rapproche de nous la langue d&rsquo;O&rsquo;Neill sans lui donner une allure d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. La mise en sc\u00e8ne de Juan Jose Afonso, sobre, \u00e9pur\u00e9e, fid\u00e8le \u00e0 l&rsquo;esprit de l&rsquo;\u0153uvre, va \u00e0 l&rsquo;essentiel sans jamais chercher \u00e0 simplifier la complexit\u00e9 des personnages et des rapports qu&rsquo;ils entretiennent les uns avec les autres. Avec intelligence et finesse, en faisant l&rsquo;\u00e9conomie de la psychologie, il trace les axes th\u00e9matiques, les lignes de force, les tensions dramatiques qui structurent les rapports des personnages. Comme O&rsquo;Neill il ne prend parti d&rsquo;aucun d&rsquo;eux, ne les juge pas, laissant au spectateur une totale libert\u00e9 d&rsquo;approche. Tout se joue dans un d\u00e9cor unique d&rsquo;Elisa Sanz : au milieu de la sc\u00e8ne un grand plateau rond inclin\u00e9, au fond et des deux c\u00f4t\u00e9s des grands voilages suspendus dissimulant d&rsquo;autres parties de la maison. Derri\u00e8re ces voilages on entend parfois des voix des personnages dont on aper\u00e7oit les ombres. Ces pr\u00e9sences invisibles, presque mena\u00e7antes, rendent l&rsquo;atmosph\u00e8re plus \u00e9touffante encore. Peu d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments sur la sc\u00e8ne : des chaises et tables en bois peintes en blanc, un tas de livres au fond. Comme si ce salon d\u00e9fra\u00eechi n&rsquo;avait plus d&rsquo;\u00e2me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2802\" src=\"http:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/MadridIrenelelongvoyage2.jpg\" alt=\"MadridIrenelelongvoyage2\" width=\"500\" height=\"334\" data-id=\"2802\" srcset=\"https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/MadridIrenelelongvoyage2.jpg 500w, https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/MadridIrenelelongvoyage2-74x50.jpg 74w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><br \/>Les costumes des ann\u00e9es 1910 &#8211; 20 \u00e9voquent l&rsquo;\u00e9poque de l&rsquo;action de la pi\u00e8ce. On est plus dans la suggestion, dans l&rsquo;\u00e9vocation po\u00e9tique que dans une figuration r\u00e9aliste.Quelques rares projections : images de vagues rappelant la proximit\u00e9 de la mer, du ciel rougi au cr\u00e9puscule sur lequel \u00e0 la fin se dessine, tel un spectre de la mort, la silhouette noire d&rsquo;un grand oiseau. Les sons sourds d&rsquo;une corne de brume, scandent le passage du temps et la succession des tableaux. Peu de musique dans le spectacle, juste \u00e0 un moment quelques notes d&rsquo;une balade irlandaise, comme une \u00e9vocation des origines familiales d&rsquo;O&rsquo;Neill. Tout dans cette mise en sc\u00e8ne, jusqu&rsquo;au moindre d\u00e9tail, est dans la finesse, dans l&rsquo;\u00e9vocation po\u00e9tique. Dans leur jeu r\u00e9aliste, mais sans exc\u00e8s, tr\u00e8s naturel, les acteurs cr\u00e9ent dans l&rsquo;espace, \u00e0 travers les mouvements de leurs corps, les rapprochements, les \u00e9loignements, une sorte de cartographie des tensions, des affrontements entre les personnages. Ils composent sur sc\u00e8ne une partition vocale d\u00e9gageant avec un art consomm\u00e9 la musicalit\u00e9, le rythme, l&rsquo;avanc\u00e9e du phras\u00e9 d&rsquo;O&rsquo;Neill, cette urgence de dire avant que la nuit et le silence ne tombent.Si Mario Gas en p\u00e8re et Vicky Pe\u00f1a en m\u00e8re nous \u00e9blouissent par leur jeu virtuose, juste, pr\u00e9cis, d&rsquo;une sinc\u00e9rit\u00e9 et d&rsquo;une profondeur humaine rare, Juan Diaz et Alberto Iglesias sont tout autant sublimes et surprenants dans le registre tr\u00e8s vaste de leur jeu. La jeune Mamen Camacho est excellente en bonne un peu perverse et impertinente. On peut lui pr\u00e9dire une carri\u00e8re brillante. Tous avec conviction, justesse et talent servent cette \u0153uvre de O&rsquo;Neill et la vision sc\u00e9nique, po\u00e9tique propos\u00e9e par Juan Jose Afonso.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Cr\u00e9dit photos: Agencia Angel Galan<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Teatro Marquina,C\/ Prim 11, Madrid<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.teatroateatro.com\/escenarios\/teatro-marquina_madrid\/\" target=\"_blank\">Le site du th\u00e9\u00e2tre:<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du 4 septembre 2014 \u00e0 janvier 2015 puis en tourn\u00e9e<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un douloureux voyage dans l&rsquo;enfer familial Le long voyage vers la nuit (El largo viaje del dia hacia la noche) d&rsquo;Eugene O&rsquo;Neill, Teatro Marquina, Madrid. 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