{"id":3506,"date":"2014-01-10T23:12:35","date_gmt":"2014-01-10T23:12:35","guid":{"rendered":"http:\/\/afficha.info\/?p=3506"},"modified":"2015-02-03T23:50:45","modified_gmt":"2015-02-03T23:50:45","slug":"le-chef-doeuvre-posthume-dalexei-guerman-un-autre-regard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/afficha.info\/?p=3506","title":{"rendered":""},"content":{"rendered":"<h2 class=\"quote\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Comment on respire bien dans notre Arcanar nouveau et libre!<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-3745\" src=\"http:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/Difficile-detre-Dieu2.jpg\" alt=\"Difficile d'etre Dieu2\" width=\"285\" height=\"366\" data-id=\"3745\" srcset=\"https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/Difficile-detre-Dieu2.jpg 300w, https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/Difficile-detre-Dieu2-39x50.jpg 39w\" sizes=\"auto, (max-width: 285px) 100vw, 285px\" \/><\/p>\n<p><strong><em>\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Le 11 f\u00e9vrier 2015 &#8211; sortie du film de Aleksei \u00a0Guerman \u00ab\u00a0Il est difficile d&rsquo;\u00eatre un Dieu\u00a0\u00bb en France<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\u00a0\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00ab\u00a0Il est difficile d&rsquo;\u00eatre un Dieu\u00a0\u00bb est son sixi\u00e8me et dernier film&#8230; Il s&rsquo;agit de\u00a0 l&rsquo;adaptation du roman des fr\u00e8res Strougatski, \u00ab\u00a0Il est difficile d&rsquo;\u00eatre un dieu (L&rsquo;Histoire du carnage d&rsquo;Arkanar)\u00a0\u00bb (Paris, Deno\u00ebl, 1973). Le personnage principal est Don Roumata, un \u00ab\u00a0progressiste\u00a0\u00bb de l&rsquo;autre plan\u00e8te qui est venu \u00e0 Arkanar pour y impl\u00e9menter les id\u00e9aux de l&rsquo;ordre social plus juste, pour essayer de former les gens dans l&rsquo;esprit moral et tol\u00e9rant&#8230; Qui rencontre un \u00e9chec, est profond\u00e9ment d\u00e9\u00e7u dans ses aspirations mais, apr\u00e8s avoir incit\u00e9 une bataille sanglante, d\u00e9cide de ne pas revenir chez soi mais de rester dans cet endroit oubli\u00e9 et affreux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Presque tous les films de Guerman (y compris cette histoire d&rsquo;Arkanar) ont \u00e9t\u00e9 film\u00e9s en noir et blanc car, disait-il, \u00ables souvenirs n&rsquo;ont pas de couleur\u00bb. Presque tous ses films \u00e9taient interdits \u00e0 l&rsquo;instant de sortie&#8230; Et ce dernier se retardait de dix ans&#8230; Pour moi, surtout, &#8211; quelle co\u00efncidence surprenante! Il semble que le film attendait que le temps vienne &#8211; et voil\u00e0! &#8211; avec ces \u00e9preuves r\u00e9centes &#8211; \u00e7a tombe vraiment juste. Apparemment, tout est pr\u00e9dit, tout \u00e9tait nomm\u00e9 en avance par l&rsquo;artiste-visionner. On peut bien r\u00e9fl\u00e9chir sur la fameuse \u00ab\u00a0densit\u00e9 du cadre\u00a0\u00bb de Guerman, de son \u00ab\u00a0pouvoir de l&rsquo;image visuelle\u00a0\u00bb&#8230;\u00a0 Quelqu&rsquo;un a dit que chaque image de Guerman pourrait \u00eatre encadr\u00e9e &#8211; tellement elle est extraordinaire avec sa beaut\u00e9 astucieusement construite! Oh, peut-\u00eatre, cette autre \u0153uvre qui nous pr\u00e9sente l&rsquo;\u00e9poque quasi-m\u00e9di\u00e9vale, le film de Alexandre Sokourov \u00ab\u00a0Faust\u00a0\u00bb pourrait vraiment nous rappeler un tableau de quelque petit peintre Hollandais, bien qu&rsquo;ici, encore une fois, il nous manque \u00e9galement des d\u00e9lices pittoresques de couleur. Eh bien, Guerman nous dit directement, sans \u00e9quivoque (et il disait \u00e7a pendant une \u00e9poque relativement v\u00e9g\u00e9tarienne de \u00ab\u00a0p\u00e9restro\u00efka\u00a0\u00bb): Notre terre est appel\u00e9e Arkanar. Elle est enterr\u00e9e dans le marais, dans de mucus, dans le sang et la mort, si elle ne s&rsquo;\u00e9croule pas encore, \u00e7a se fait uniquement gr\u00e2ce aux efforts d&rsquo;un tas des martyres, peut-\u00eatre, gr\u00e2ce \u00e0 un chant douloureux lointain&#8230;\u00a0 \u00c0 vrai dire, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un cadre noir et blanc il est parfois difficile \u00e0 comprendre &#8211; o\u00f9 on est couvert du sang, et o\u00f9 il s&rsquo;agit simplement de merde. Cependant, je pense que peut-\u00eatre il n\u2019est pas vraiment n\u00e9cessaire de distinguer en d\u00e9tail entre le d\u00e9go\u00fbt, l&rsquo;horreur et la haine visc\u00e9rale. M\u00eame maintenant je peux sentir encore cet air vici\u00e9, \u00e9touffant et claustrophobe, quand il ne reste plus d&rsquo;oxyg\u00e8ne, quand les narines et la bouche sont dess\u00e9ch\u00e9es, bloqu\u00e9es par l&rsquo;argile, quand je peux d\u00e9j\u00e0 sentir un sabot qui m&rsquo;\u00e9crase des vert\u00e8bres. Ou bien, peut-\u00eatre c&rsquo;est la botte d&rsquo;un Don aristocratique qui me trotte dessus&#8230; Ou des sandales sales d&rsquo;un esclave&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter  wp-image-3510\" src=\"http:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/VignetteDifficiledetredieu.jpg\" alt=\"VignetteDifficiledetredieu\" width=\"443\" height=\"286\" data-id=\"3510\" srcset=\"https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/VignetteDifficiledetredieu.jpg 310w, https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/VignetteDifficiledetredieu-77x50.jpg 77w\" sizes=\"auto, (max-width: 443px) 100vw, 443px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et pourtant &#8211; dans ce cadre de baroque allemand, pour ainsi dire, &#8211; plein \u00e0 craquer de d\u00e9tails pr\u00e9cis et fantaisistes, Guerman nous laisse expr\u00e8s beaucoup des vides \u00e0 remplir. Il utilise son imagination, mais en m\u00eame temps il nous laisse ces cavit\u00e9s et cavernes pour la fantaisie du spectateur de jouer avec&#8230; Ces films &#8211; \u00ab\u00a0V\u00e9rification\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Mon ami Ivan Lapchine\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Khroustalev, ma voiture!\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Il est difficile d&rsquo;\u00eatre un Dieu\u00a0\u00bb se trouvent &#8211; pour moi &#8211; sur le m\u00eame rayon avec\u00a0 \u00ab\u00a0Le Stalker\u00a0\u00bb de Tarkovsky,\u00a0 \u00ab\u00a0L&rsquo;Antichrist\u00a0\u00bb de Lars von Trier, \u00ab\u00a0Le Mort\u00a0\u00bb de Jarmush&#8230; Eh bien, Guerman, lui, est certainement parmi des habitants des cieux, de l&rsquo;autre plan\u00e8te&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand on parle de Guerman, on parle d&rsquo;habitude de la \u00ab\u00a0po\u00e9tique de fait\u00a0\u00bb, de ses d\u00e9tails \u00ab\u00a0ultra-pr\u00e9cis\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0de la finesse des d\u00e9tails de l&rsquo;\u00e9poque ancr\u00e9s dans l&rsquo;histoire\u00a0\u00bb. Et pourtant, moi, je ne connais rien, par exemple, de ces logements dits \u00ab\u00a0communautaires\u00a0\u00bb des ann\u00e9es 50-s, ni de ce style du \u00ab\u00a0vampire stalinien\u00a0\u00bb. Mais je d\u00e9couvre vite que, effectivement, moi, je \u00e9tais l\u00e0-bas, j&rsquo;ai habit\u00e9 cet appartement, et le cloue doit \u00eatre enfonc\u00e9 dans le mur exactement comme \u00e7a, et, en plus, les pluies nous fouettent exactement de cette fa\u00e7on-l\u00e0, en Arkanar. Guerman peut inventer n&rsquo;importe quoi dans son cadre &#8211; je le croirais sur parole, d\u00e8s le premier moment&#8230; C&rsquo;est bien \u00e7a qui cr\u00e9e la diff\u00e9rence entre lui et Sokourov, par exemple, ou bien, entre lui et Ilya Khrzhanovsky, dont on trouve aussi les cadres de redondance visuelle, de cet hyperr\u00e9alisme sursatur\u00e9 (ce que nous rappelle un peu de Bosch). Mais Guerman nous laisse toujours beaucoup plus de libert\u00e9 dans son cadre serr\u00e9 &#8211; on peut remarquer soudainement les d\u00e9tails inattendus, on a le droit de changer les avis &#8211; il nous permet donc de nous d\u00e9placer et poser des questions, interpellant le sens m\u00eame de ce que se passe. Presque comme s&rsquo;il y a des nouvelles significations qui continuent de se r\u00e9pandre autour du sens initial dans les vagues glissantes et cons\u00e9cutives de ma perception. Et moi, le spectateur, je pr\u00e9f\u00e8re toujours \u00e7a: \u00eatre guid\u00e9, bien s\u00fbr, mais aussi de choisir mes propres itin\u00e9raires \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des choses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et maintenant revenons \u00e0 notre Arkanar. Don Roumata (ici sa fonction est plus ou moins approchante \u00e0 celle de Grace (\u00abmis\u00e9ricorde\u00bb, \u00abgr\u00e2ce\u00bb de Dieu) dans \u00ab\u00a0Le Dogville\u00a0\u00bb de Lars von Trier) &#8211; est avant tout un m\u00e9diateur, le Fils d&rsquo;homme qui doit sauver les autres autour de lui. Mais si Trier peut se permettre ce luxe ultime de jouer avec les grands mythes, avec des images eschatologiques (et Grace administre son propre tribunal \u00e0 la fin, br\u00fblant le monde entier dans le feu d&rsquo;Apocalypse, comme Christ lui-m\u00eame est cens\u00e9 de le faire). Eh bien, Guerman &#8211; il est un des nous autres, les habitants d&rsquo;Arkanar. Donc, le point le plus \u00e9lev\u00e9 de ce qui tombe \u00e0 Roumata &#8211; c&rsquo;est juste le moment o\u00f9 il d\u00e9cide de rester avec les habitants de ce monde pour toujours. Pas pour les juger, mais, au moins, pour partager leur sort. Et le film &#8211; comme tous les films de Guerman &#8211; nous parle de nous-m\u00eames parce qu&rsquo;il est adress\u00e9 \u00e0 nous autres, les arkaniens.\u00a0 C&rsquo;est \u00e0 cause de \u00e7a que Guerman est si difficile \u00e0 comprendre dans le monde occidental. Je me souviens quand j&rsquo;ai vu \u00ab\u00a0Khroustalev, ma voiture!\u00a0\u00bb pour la premi\u00e8re fois en 2002, dans un club de cin\u00e9ma londonien. Je l&rsquo;ai vu &#8211; et j&rsquo;ai presque perdue la raison, m\u00eame \u00ab\u00a0Mon ami Ivan Lapchine\u00a0\u00bb pour moi \u00e9tait encore un peu pr\u00e9visible, encore dans les limites humaines. Et puis tous les jours on a montr\u00e9 \u00ab\u00a0Khroustalev\u00a0\u00bb, moi, j&rsquo;\u00e9tais l\u00e0, pendant quatre ou cinq jours, je t\u00e9l\u00e9phonais \u00e0 tous mes amis universitaires de Londres, d&rsquo;Oxford, pour les faire venir&#8230; Je restais assis l\u00e0 avec mes amis (nous \u00e9tions presque le seul public). Ils hochaient poliment la t\u00eate, ils admiraient poliment &#8211; mais le sens, le sens profond de ce jeu du pouvoir, de cette humiliation d&rsquo;un homme qui en est impliqu\u00e9, le sens de cette destruction totale &#8211; ce sens les a \u00e9chapp\u00e9&#8230; Mais il ne faut pas bl\u00e2mer des spectateurs ou les critiques occidentaux de l&rsquo;incompr\u00e9hension ou du jugement superficiel: la raison de ce malentendu n&rsquo;est pas enracin\u00e9e dans la difficile d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 ce langage cin\u00e9matographique trop particulier. Ici tout est adress\u00e9 surtout \u00e0 Arkanar, tout vise Arkanar comme cible. Le degr\u00e9 d&rsquo;humiliation, ce balan\u00e7oire bien dr\u00f4le de sado-masochisme qui continue toujours pour pr\u00e8s d&rsquo;un si\u00e8cle: cet homme sovi\u00e9tique, ce \u00ab\u00a0nouvel homme dans le brave new world\u00a0\u00bb est finalement l\u00e0 il est arriv\u00e9! Nous autres, les braves nouveaux arkaniers, nous sommes diff\u00e9rents &#8211; peut-\u00eatre, plus inventifs et impr\u00e9visibles, nous savons facilement passer de la m\u00e9chancet\u00e9 \u00e0 la grande compassion (mais toujours on se sentant plus confortable sur le niveau de bassesse int\u00e9rieure), nous savons plus que les autres le prix \u00e9ventuel de la trahison, nous ma\u00eetrisions la sinc\u00e9rit\u00e9 audacieuse, ainsi que la mesquinerie et le vil. Il y a une image, une allusion qui m&rsquo;est venu en esprit quand j&rsquo;\u00e9tais en train de regarder \u00ab\u00a0Ivan Lapchine\u00a0\u00bb: dans les parcs anciens dans la Baltique pendant l&rsquo;\u00e9poque sovi\u00e9tique c&rsquo;\u00e9tait tr\u00e8s \u00e0 la mode de cr\u00e9er les arbres noueux (pour faire \u00e7a, des jardiniers mettaient des cailloux et des petites pierres dans les creux des troncs, en transformant les arbres vivants en \u00eatres merveilleux et mena\u00e7ants, en dragons fantastiques). Ces hommes sovi\u00e9tiques, infiniment pu\u00e9rils, infiniment po\u00e9tiques, m\u00eame pas d\u00e9pourvus d&rsquo;un certain asc\u00e9tisme chevaleresque, avec leur r\u00eave toujours id\u00e9aliste, et cruel, et affam\u00e9&#8230; Dans \u00ab\u00a0Mon ami Ivan Lapchine\u00a0\u00bb le personnage jou\u00e9 par Andrei Mironov se traine entre eux, il n&rsquo;est pas au niveau avec ces dieux de vengeance, avec ces voyous de qualit\u00e9 plus \u00e9lev\u00e9e &#8211; il n&rsquo;est pas du tout comme les h\u00e9ros de Khlebnikov ou Platonov, comme les commissaires demi-fou en leurs vestes en cuir. Ce journaliste trivial et un peu vulgaire n&rsquo;est pas fait de m\u00eame mati\u00e8re, du m\u00eame tissu &#8211; il est simplement trop humain, &#8211; comme Roumata est humain, avec son visage doux et fade, l\u00e9g\u00e8rement us\u00e9, qui nous renvoie \u00e0 la normalit\u00e9, m\u00eame \u00e0 la m\u00e9diocrit\u00e9 (jusqu&rsquo;\u00e0 cet instant terrible o\u00f9 le temps vient de prendre une \u00e9p\u00e9e \u00e0 la main &#8211; et aller les tuer tous&#8230;) Pendant que les autres participants, les habitants l\u00e9gitimes d&rsquo;Arkanar, avec leurs corps tordus qui coulent toujours des extraits des maladies honteuses, qui puent, qui sont sales de cette salet\u00e9 primordiale et \u00e9ternelle, qui sont sales du sang, des excr\u00e9ments&#8230; &#8211; ici, ils sont comme ces arbres noueux, arbres sp\u00e9cialement \u00e9lev\u00e9s, mutil\u00e9s, gonfl\u00e9s et d\u00e9figur\u00e9s pour toujours. Et vous croyez encore que c&rsquo;est vraiment possible de d\u00e9fendre l&rsquo;humanit\u00e9 et la normalit\u00e9 de la nature avec l&rsquo;aide de quelques principes moraux, quelques chemises blanches, des eaux aromatiques et roses sublimes de Don Roumata? Hey, vous, les autres, les gens normaux de cet autre univers, vous croyez vraiment qu&rsquo;on peut nous \u00e9duquer, qu&rsquo;on peut nous former parmi tout ce sang, tout ce merde, gr\u00e2ce \u00e0 quelques gadgets inventifs et quelques principes us\u00e9s et vieillots de l&rsquo;\u00c2ge de Lumi\u00e8res?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et maintenant, je vais le dire finalement. Pour ceux de mes amis personnels qui sont rest\u00e9s ici pour le s\u00e9jour continu dans notre Arkanar, ne l&rsquo;ayant jamais quitt\u00e9 pour quelque autre plan\u00e8te&#8230; Pas tout le monde ose prendre l&rsquo;\u00e9p\u00e9e \u00e0 la main. Pas tout le monde a assez du courage et de l&rsquo;audace pour se battre. Mais &#8211; est-il encore possible? &#8211; au moins un saxophone avec des airs tristes de jazz? Voil\u00e0 une petite fille qui a entendu Don Roumata jouer sa fl\u00fbte sur les champs enneig\u00e9s d&rsquo;Arkanar. Bien s\u00fbr, elle dit que cette musique lui donne du mal au ventre! Mais il ne faut pas oublier qu&rsquo;il s&rsquo;agit toujours de ces bonnes et braves arkaniens, &#8211; si ignorant qu&rsquo;ils sont parfaitement capables de confondre simplement les organes anatomiques, m\u00eame dans leurs propre corps. Peut-\u00eatre ce que lui a fait tant de mal, ce n&rsquo;\u00e9tait \u00e9ventuellement rien d&rsquo;autre que son propre c\u0153ur &#8211; encore battant et vivant, encore capable de pleurer. Tout n&rsquo;est pas peut-\u00eatre compl\u00e8tement perdu&#8230; Et le c\u0153ur se bat d&rsquo;une fa\u00e7on pr\u00e9caire, l&rsquo;\u00e2me est secou\u00e9e, et tout peut encore s&rsquo;ouvrir &#8211; s&rsquo;ouvrir pour l&rsquo;amour divin et la lecture savante, s&rsquo;ouvrir pour l&rsquo;art et la charit\u00e9. En effet, la seule justification de l&rsquo;existence m\u00eame dans le monde de ce monstre &#8211; notre terre natale d&rsquo;Arkanar &#8211; consiste pr\u00e9cis\u00e9ment dans le fait que, parfois, cette terre continue \u00e0 donner la naissance, continue \u00e0 faire na\u00eetre des g\u00e9nies absolus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a une id\u00e9e assez sophistiqu\u00e9e et non-triviale, selon laquelle dans la mentalit\u00e9 russe, il y a, il existe le d\u00e9sir inassouvi d&rsquo;intervenir en quelque chose qui vient de haut, d&rsquo;intervenir en ordre divin du monde. Enfin, c&rsquo;est clair que la transgression (comme une marque distinctive du cr\u00e9ateur en g\u00e9n\u00e9ral, comme un signe de sa capacit\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er) se manifeste de cette mani\u00e8re brutale et salie uniquement par hasard et de l&rsquo;ext\u00e9rieur, parce que c&rsquo;est beaucoup plus important pour elle de rester dans des subtilit\u00e9s, dans la fragilit\u00e9 de la ligne exacte et pure (m\u00eame si \u00e7a s&rsquo;exprime plut\u00f4t\u00a0 par ces chemises blanches de Roumata).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Natalia ISAEVA<\/em><\/strong> <em>qui travaille depuis plusieurs ann\u00e9es entre la France et la Russie est sanskritiste, indologue, historienne de la philosophie.\u00a0Elle \u00e9crit surtout sur l\u2019advaita-vedanta et le \u00e7iva\u00efsme de Cachemire (livres publi\u00e9s en Russie, aux \u00c9tats Unis, en Angleterre et en Inde). En m\u00eame temps, elle a traduit et publi\u00e9 en russe les trait\u00e9s principaux de S\u00f8ren Kierkegaard, les\u00a0 pi\u00e8ces\u00a0\u00a0 de Marguerite Duras et autres \u00e9crits sur le th\u00e9\u00e2tre contemporain fran\u00e7ais. Chevalier des arts et des\u00a0 lettres.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Comment on respire bien dans notre Arcanar nouveau et libre! &nbsp; \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Le 11 f\u00e9vrier 2015 &#8211; sortie du film de Aleksei \u00a0Guerman \u00ab\u00a0Il est difficile d&rsquo;\u00eatre un Dieu\u00a0\u00bb en France \u00a0\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00ab\u00a0Il est difficile d&rsquo;\u00eatre &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":3510,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":5,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-3506","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-divers"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3506","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3506"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3506\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3510"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3506"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3506"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3506"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}