{"id":4386,"date":"2015-05-19T10:45:17","date_gmt":"2015-05-19T10:45:17","guid":{"rendered":"http:\/\/afficha.info\/?p=4386"},"modified":"2015-05-19T10:46:32","modified_gmt":"2015-05-19T10:46:32","slug":"une-piece-testamentaire-sur-les-funerailles-dune-epoque","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/afficha.info\/?p=4386","title":{"rendered":"Une pi\u00e8ce testamentaire sur les fun\u00e9railles d&rsquo;une \u00e9poque"},"content":{"rendered":"<p>\u00a08-24 \u043c\u0430\u044f &#8211; Centro Dramatico Nacional Teatro Valle Inclan, Madrid<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0Angel Gutierrez, acteur et metteur en sc\u00e8ne renomm\u00e9 autant en Russie qu&rsquo;en Espagne,\u00a0une sorte de Peter Brook espagnol, expert de l&rsquo;\u0153uvre de Tchekhov, fondateur en 1981 \u00e0 Madrid et directeur du Teatro Camara Tchekhov, propose une nouvelle mise en sc\u00e8ne de\u00a0La Cerisaie, pi\u00e8ce testamentaire de Tchekhov \u00e9crite en 1904. Il d\u00e9die le spectacle \u00e0 l\u2019actrice russe, sa femme, Ludmila Ukolova, et reprend pour le r\u00f4le de Lioubov Ranevskaia Marta Belaustegui qui avait d\u00e9j\u00e0 jou\u00e9\u00a0Varia\u00a0dans sa version de\u00a0La Cerisaie\u00a0en 1983.\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0Angel Gutierrez, enfant de la guerre civile en Espagne, recueilli en Union Sovi\u00e9tique, form\u00e9 \u00e0 \u00a0GITIS, l&rsquo;Acad\u00e9mie Nationale d&rsquo;Art Th\u00e9\u00e2tral \u00e0 Moscou, (ses ma\u00eetres \u00e9taient entre autres \u0410.Lobanov et \u041c.Knebel, disciples de Stanislavski) a une affinit\u00e9 exceptionnelle avec l&rsquo;\u00e9criture de Tchekhov auquel il voue un culte sans limites et dont il a mont\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises non seulement tout le th\u00e9\u00e2tre mais aussi des r\u00e9cits.\u00a0Sa mise en sc\u00e8ne de La Cerisaie est en r\u00e9sonance avec toute l&rsquo;\u0153uvre de Tchekhov articul\u00e9e sur son fameux paradoxe : la vie n&rsquo;a pas de sens mais seule la recherche d&rsquo;un sens la rend digne. Cette inqui\u00e9tude existentielle et le sentiment tragique de l&rsquo;absurde qui sous-tendent la mise en sc\u00e8ne d&rsquo;Angel Gutierrez, sont pr\u00e9cis\u00e9ment la modernit\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre de Tchekhov. \u00ab Dans La mouette \u2013 dit Gutierrez &#8211; un personnage dit de lui-m\u00eame \u00ab l&rsquo;homme qui voudrait \u00bb. De Tchekhov \u00e0 Beckett il n&rsquo;y a qu&rsquo;un pas\u00bb. \u00a0Je n&rsquo;ai jamais vu ni entendu des pi\u00e8ces de Tchekhov jou\u00e9es en langue \u00e9trang\u00e8re (ni en fran\u00e7ais, en anglais, en polonais, en roumain), qui seraient aussi profond\u00e9ment ancr\u00e9es dans la respiration, les inflexions, la musicalit\u00e9 de la langue russe, ses interjections, ses exclamations, ses suspensions soudaines qui n&rsquo;ont rien \u00e0 voir avec les \u00ab non-dits \u00bb, que cette version espagnole de La Cerisaie. Dans sa traduction Angel Gutierrez rentre dans la chair m\u00eame de la langue et de l&rsquo;esprit du texte tch\u00e9khovien en rendant en espagnol les intonations, le rythme, les sursauts du phras\u00e9 tch\u00e9khovien. Plus encore il traduit dans sa mise en sc\u00e8ne ce qu&rsquo;on appelle commun\u00e9ment \u00ab l&rsquo;\u00e2me russe \u00bb, ses vibrations, ses effusions extr\u00eames, les d\u00e9bordements, les manifestations presque simultan\u00e9es de d\u00e9sespoir, de frivolit\u00e9, de souffrance, d&rsquo;inconscience, d&rsquo;artifice, de gaiet\u00e9 quasi infantile.\u00a0Angel Gutierrez qui non seulement a v\u00e9cu et travaill\u00e9 longtemps en Russie mais encore a une affinit\u00e9 particuli\u00e8re avec l&rsquo;\u0153uvre de Tchekhov, nous restitue dans sa Cerisaie la substance m\u00eame de l&rsquo;\u00e9criture tch\u00e9khovienne. Sa mise en sc\u00e8ne inclassable \u00e9chappe \u00e0 des \u00e9tiquettes esth\u00e9tiques, elle ne se r\u00e9duit pas non plus \u00e0 une lecture particuli\u00e8re ou \u00e0 une actualit\u00e9 quelconque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter  wp-image-4390\" src=\"http:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/el-jardin-de-los-cerezos-2.jpg\" alt=\"el-jardin-de-los-cerezos-2\" width=\"450\" height=\"300\" data-id=\"4390\" srcset=\"https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/el-jardin-de-los-cerezos-2.jpg 500w, https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/el-jardin-de-los-cerezos-2-75x50.jpg 75w\" sizes=\"auto, (max-width: 450px) 100vw, 450px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0Pour rappeler en deux mots l&rsquo;argument de la pi\u00e8ce. Lioubov Andreevna Ranevskaia revient de Paris apr\u00e8s cinq ans, ruin\u00e9e par son amant, dans sa propri\u00e9t\u00e9 endett\u00e9e ou vivent son fr\u00e8re L\u00e9onid Andreievich Gayev et ses deux filles Ania et Varia. La propri\u00e9t\u00e9 doit \u00eatre vendue et Lopakhine, un nouveau riche, fils et petit-fils d&rsquo;ancien serf, propose de la partager en petits lots pour y construire des villas d&rsquo;\u00e9t\u00e9. Lioubov refuse. Finalement la cerisaie et la maison seront vendues au plus offrant, \u00e0 savoir Lopakhine. En quittant la maison les propri\u00e9taires y oublient le vieux domestique Firs qui y reste enferm\u00e9, seul.\u00a0\u00a0Les personnages de la \u00ab\u00a0Cerisaie\u00a0\u00bb dans la mise en sc\u00e8ne de Gutierrez sont des gens qui ont tout perdu. Ils attendent quelque chose\u2026 un hypoth\u00e9tique Godot ? Et en attendant ils discutent sur le sens de la vie, sur d&rsquo;o\u00f9 nous venons ?, O\u00f9 allons-nous ? Ils n&rsquo;\u00e9veillent en nous ni compassion ni piti\u00e9.\u00a0Ils sont immobilis\u00e9s par la peur, la peur de la vie, la peur d&rsquo;eux-m\u00eames, la peur qui est un th\u00e8me fondamental dans l&rsquo;\u0153uvre de Tchekhov.\u00a0En contrepoint \u00e0 cet espace de l&rsquo;irr\u00e9alit\u00e9 : de l&rsquo;inconscience, des r\u00eaves et des illusions, dans lesquels se meuvent les personnages de La Cerisaie, le temps est un v\u00e9ritable protagoniste dans la mise en sc\u00e8ne d&rsquo;Angel Gutierrez. Telle une boussole affol\u00e9e le temps agite dans tous les sens, perturbe l&rsquo;immobilisme r\u00e9gnant. Il est l&rsquo;unique mesure de la r\u00e9alit\u00e9 des personnages qui ne cessent de conjuguer tous les petits et grands \u00e9v\u00e9nements au pass\u00e9 et au futur. \u00ab Le train a 2 heures de retard \u00bb, \u00ab cinq ans ont pass\u00e9 \u00bb, \u00ab dans 20 ans \u00bb, \u00ab il y a 40, 50 ans on ramassait et on vendait les cerises \u00bb etc.\u2026\u00a0Le d\u00e9lai fatidique du 22 ao\u00fbt, date de la mise en vente de la propri\u00e9t\u00e9, tout au long de la pi\u00e8ce, telle une hache suspendue sur la cerisaie, d\u00e9cidera du destin de ses propri\u00e9taires.\u00a0De m\u00eame d\u00e9clin\u00e9 sous toutes ses formes : vente, achat, int\u00e9r\u00eats, dettes, co\u00fbt, prix, le th\u00e8me de l&rsquo;argent relev\u00e9 par Gutierrez, \u00e9l\u00e9ment trivial, on ne peut plus r\u00e9el, scande sans cesse le d\u00e9roulement des \u00e9v\u00e9nements.\u00a0Gutierrez rel\u00e8ve et met en jeu un \u00e9l\u00e9ment important dans la pi\u00e8ce : un son \u00e9nigmatique qui protagonise toute l&rsquo;action comme le pressentiment de quelque chose de terrible qui va arriver, une angoisse indicible. Un son sourd, p\u00e9n\u00e9trant, inqui\u00e9tant, douloureux, que Tchekhov comparait \u00e0 celui d&rsquo;une corde cass\u00e9e, qui r\u00e9veille les cordes de la conscience, un son intraduisible en paroles. \u00ab Quand les acteurs demandaient \u00e0 Tchekhov que signifie ce son et comment l&rsquo;interpr\u00e9ter, il se taisait\u00bb, dit Angel Gutierrez. Un son qui telle une voix qui s&rsquo;insinue, trouble, p\u00e9n\u00e8tre dans les esprits en inoculant une angoisse infinie. Cette sonorit\u00e9 mena\u00e7ante qui \u00e9voque aussi le bruit d&rsquo;une hache qui va s&rsquo;abattre sur la cerisaie, terrifie \u00e0 certains moments les personnages.\u00a0\u00c0 la fin de l&rsquo;acte II, alors que tous restent silencieux, pensifs, on entend seulement les soupirs du vieux Firs et comme venant de loin un son comme une corde cass\u00e9e, triste, \u00e9mouvant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter  wp-image-4392\" src=\"http:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/el-jardin-de-los-cerezos-2-1.jpg\" alt=\"el-jardin-de-los-cerezos-2-1\" width=\"446\" height=\"297\" data-id=\"4392\" srcset=\"https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/el-jardin-de-los-cerezos-2-1.jpg 500w, https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/el-jardin-de-los-cerezos-2-1-75x50.jpg 75w\" sizes=\"auto, (max-width: 446px) 100vw, 446px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0Dans sa mise en sc\u00e8ne Angel Gutierrez a opt\u00e9 pour un r\u00e9alisme perverti, \u00ab fantasmatique \u00bb. Les personnages font irruption dans un univers fig\u00e9 dans le pass\u00e9, errent parmi les meubles de la maison qui sont pour eux les seuls rep\u00e8res r\u00e9els les reliant au monde.\u00a0Sur sc\u00e8ne un cerisier de chaque c\u00f4t\u00e9, des branches d\u00e9tach\u00e9es du tronc, suspendues au-dessus. Entre les branches on aper\u00e7oit quelques vieilles photos, des reliques du pass\u00e9, comme certains objets ou meubles : canap\u00e9, tables, chaises, l&rsquo;armoire au fond. \u00c0 l&rsquo;avant-sc\u00e8ne des fauteuils de jardin blancs.\u00a0Les acteurs en costumes stylis\u00e9s sur ceux de l&rsquo;\u00e9poque s&rsquo;agitent comme des survivants dans cet espace, \u00e9voluant selon les sc\u00e8nes, dans le jardin ou \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur.\u00a0Gutierrez conf\u00e8re \u00e0 cet univers une dimension quasi fantasmagorique. Au tout d\u00e9but les meubles sont recouverts de draps. Tout se passe comme si, dans une maison d\u00e9j\u00e0 vendue et les cerisiers coup\u00e9s (les branches s\u00e9par\u00e9es du tronc) on se rem\u00e9morait ou on rejouait cette histoire. Les \u00e9vocations de la blancheur des cerisiers couverts de fleurs comme d&rsquo;un manteau blanc qui rappelle la robe de la mari\u00e9e, la couleur blanche des fauteuils de jardin, renvoient \u00e0 un paradis perdu.\u00a0On est surpris par l&rsquo;affinit\u00e9 de ces 14 acteurs excellentissimes du Teatro Tchekhov avec l&rsquo;\u00e9criture de l&rsquo;\u00e9crivain russe. Tous justes, naturels, conf\u00e8rent une authenticit\u00e9 et une v\u00e9rit\u00e9 profonde \u00e0 leurs personnages. Marta Belaustegui cr\u00e9e une Lioubov \u00e0 la fois libre et fragile, retenu quand elle d\u00e9voile les secrets et tentant toujours d&rsquo;\u00eatre heureuse. Jose Luis Checa, (diplom\u00e9 lui aussi \u00a0de GITIS), sans tomber dans le r\u00e9alisme du premier degr\u00e9, donne une consistance et de la profondeur au personnage de Firs.<\/p>\n<p>\u00a0 \u00a0 \u00a0Une approche de La Cerisaie qui ne tente ni de d\u00e9construire ni de plier la pi\u00e8ce \u00e0 une id\u00e9e plus ou moins personnelle mais qui, avec honn\u00eatet\u00e9 et intelligence, nous propose une r\u00e9flexion sur son univers, tellement proche du notre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cr\u00e9dit photos : Marcos Gpunto<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00a0El jardin de los cerezos &#8211; La Cerisaie<\/p>\n<p>de Anton Tchekhov<\/p>\n<p>adaptation et mise en sc\u00e8ne Angel Gutierrez<\/p>\n<p>Centro Dramatico Nacional Teatro Valle Inclan<\/p>\n<p>http:\/\/cdn.mecd.es<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a08-24 \u043c\u0430\u044f &#8211; Centro Dramatico Nacional Teatro Valle Inclan, Madrid \u00a0 \u00a0 \u00a0Angel Gutierrez, acteur et metteur en sc\u00e8ne renomm\u00e9 autant en Russie qu&rsquo;en Espagne,\u00a0une sorte de Peter Brook espagnol, expert de l&rsquo;\u0153uvre de Tchekhov, fondateur en 1981 \u00e0 Madrid et directeur du Teatro Camara Tchekhov, propose une nouvelle mise en sc\u00e8ne de\u00a0La Cerisaie, pi\u00e8ce &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":8,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-4386","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-divers"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4386","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4386"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4386\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4386"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4386"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4386"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}