{"id":5148,"date":"2015-09-08T20:20:17","date_gmt":"2015-09-08T20:20:17","guid":{"rendered":"http:\/\/afficha.info\/?p=5148"},"modified":"2015-09-12T20:27:39","modified_gmt":"2015-09-12T20:27:39","slug":"5148","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/afficha.info\/?p=5148","title":{"rendered":""},"content":{"rendered":"<h4>Oreste entre deux eaux (l\u2019Orestea d\u2019Eschyle \u00a0au Festival de th\u00e9\u00e2tre europ\u00e9en, Grenoble, 1997)<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 <em>Note au pr\u00e9alable. En ce juillet 1997, quand je l\u2019ai d\u00e9couvert au festival de Grenoble, \u00a0Rom\u00e9o Castellucci est encore peu connu en France. Le choc est vertigineux, imm\u00e9diat et irr\u00e9versible. Aucun autre spectacle du g\u00e9nie italien que je vis \u00a0les ann\u00e9es \u00a0suivantes \u00a0ne m\u2019a pas impressionn\u00e9 autant.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter  wp-image-5149\" src=\"http:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/OresteaCastellucci1.jpg\" alt=\"OresteaCastellucci1\" width=\"446\" height=\"283\" data-id=\"5149\" srcset=\"https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/OresteaCastellucci1.jpg 500w, https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/OresteaCastellucci1-79x50.jpg 79w\" sizes=\"auto, (max-width: 446px) 100vw, 446px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0La surprise de ce festival, cr\u00e9\u00e9 par\u00a0 metteur en sc\u00e8ne Renata Scant il y a juste 13 ans, \u00a0qui tente de prouver que l\u2019Europe du Th\u00e9\u00e2tre \u00a0est\u00a0 plus large que celle des multinationales et montrer \u00a0des formes de th\u00e9\u00e2tre tr\u00e8s plurielles, est venue\u00a0 d\u2019une belle inconnue nomm\u00e9e Sociatas Raffaello Sanzio, originaire de la petite commune italienne de Cesena, dirig\u00e9e par Romeo Castellucci, jeune metteur en sc\u00e8ne\u00a0 \u00e0 l\u2019imagination prodigieuse et tourment\u00e9e.\u00a0 L\u2019Orestea d\u2019 Eschyle est interpr\u00e9t\u00e9e par ces italiens avec une libert\u00e9 magnifique comme Antonin \u00a0Artaud et Francis \u00a0Bacon\u00a0 auraient pu\u00a0 l\u2019imaginer\u00a0! Les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 Bacon sont d\u2019ailleurs affirm\u00e9es, non par le texte, mais par les corps, la chaire souffrante, d\u00e9figur\u00e9e, mutil\u00e9e.\u00a0 Ce sont des corps limites, en exc\u00e8s, qui prennent en charge le destin tragique de l\u2019individu.\u00a0 Castellucci\u00a0 les chor\u00e9graphies\u00a0 dans la nudit\u00e9, femmes trop grosses, presque ob\u00e8ses, hommes tr\u00e8s maigres, qui est aussi \u00e0 comprendre comme signe\u00a0 de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 humaine devant les Dieux. \u00a0Si Clytemnestre est ob\u00e8se (\u00ab\u00a0femme-baleine\u00bb), Agamemnon est un trisomique. Le point commun entre un trisomique et un Roi\u00a0? D\u2019apr\u00e8s Castellucci, tous les deux se diff\u00e9rencient \u00a0de l\u2019ensemble des mortels\u00a0 et tous les deux\u00a0 sont des coupables innocents. \u00a0Si la premi\u00e8re partie est plut\u00f4t la cacophonie, m\u00e9lange \u00e9trangement fascinant des \u00a0sir\u00e8nes, des bruits d\u2019 obus \u00e9clat\u00e9s ou des voix d\u00e9form\u00e9es par les micro, la deuxi\u00e8me partie du spectacle est d\u2019un silence absolu,\u00a0 sans aucun son, ni texte. La sc\u00e8ne est habill\u00e9e de blanc, les corps talqu\u00e9s, page blanche sur laquelle Castellucci\u00a0 dessine des silhouettes allong\u00e9es d\u2019Oreste et de Pylade\u00a0 en confrontation\u00a0 avec une masse ronde d\u2019une grossissima \u00a0Electre en tutu.\u00a0 Tout \u00a0ici est geste, tout ici est image, comme cette ascension au milieu de l\u2019espace sc\u00e9nique d\u2019une carcasse d\u2019agneau (cf \u00ab\u00a0Etudes pour \u00a0la crucifixion\u00a0\u00bb de Bacon, la ressemblance avec l\u2019artiste anglais se limitant \u00e0 l\u2019effet choquant, les images cr\u00e9\u00e9es par Castellucci sont plus esth\u00e9tiques).\u00a0Et le style est proche des recherches actuelles en danse contemporaine sur la f\u00e9rocit\u00e9 des corps, sur leur violence expressive.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter  wp-image-5150\" src=\"http:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Orestea.jpg\" alt=\"Orestea\" width=\"435\" height=\"327\" data-id=\"5150\" srcset=\"https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Orestea.jpg 450w, https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Orestea-67x50.jpg 67w\" sizes=\"auto, (max-width: 435px) 100vw, 435px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0La troisi\u00e8me partie, la plus courte, est un condens\u00e9 de ce que les Anciens appelaient L&rsquo;Horreur. D\u2019abord, l\u2019apparition d\u2019Apollon- torse effrayant sans bras sous les \u00e9normes ailes d\u2019oiseau. \u00a0Ensuite, une esp\u00e8ce d\u2019aquarium g\u00e9ant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur duquel les babouins vivants \u00a0poursuivent Oreste effray\u00e9, tandis que Pylade, impuissant, dans un haut\u00a0 bonnet du Bouffon se d\u00e9m\u00e8ne au-devant de \u00a0\u00a0la sc\u00e8ne. Bref, quand \u00e0 la fin, Ath\u00e8na \u00a0lib\u00e8re Oreste et Electre, le spectateur, lui aussi ressent un immense soulagement\u00a0: la catharsis par l\u2019acte de la cruaut\u00e9, si cher \u00e0 Artaud, est si peu supportable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cr\u00e9dit photos: Festival de th\u00e9\u00e2tre europ\u00e9en<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Oreste entre deux eaux (l\u2019Orestea d\u2019Eschyle \u00a0au Festival de th\u00e9\u00e2tre europ\u00e9en, Grenoble, 1997) \u00a0 \u00a0 \u00a0 Note au pr\u00e9alable. 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