{"id":6296,"date":"2015-12-20T18:05:14","date_gmt":"2015-12-20T18:05:14","guid":{"rendered":"http:\/\/afficha.info\/?p=6296"},"modified":"2015-12-25T18:22:42","modified_gmt":"2015-12-25T18:22:42","slug":"chronique-dun-parricide-annonce","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/afficha.info\/?p=6296","title":{"rendered":"Chronique d&rsquo;un parricide annonc\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"dates-evenement\">20 novembre 2015- 10 janvier 2016 &#8211;\u00a0Centro Dramatico Nacional de Madrid\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Les fr\u00e8res Karamazov (Los hermanos Karamazov) d&rsquo;apr\u00e8s le roman de F\u00e9dor Mikha\u00eflovitch Dosto\u00efevski<\/p>\n<p>adaptation Jose Luis Collado,\u00a0mise en sc\u00e8ne \u00a0et sc\u00e9nographie Gerardo Vera<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-6297\" src=\"http:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Karamazov_grupo_fotoSergioParra_023.jpg\" alt=\"Karamazov_grupo_fotoSergioParra_023\" width=\"571\" height=\"401\" data-id=\"6297\" srcset=\"https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Karamazov_grupo_fotoSergioParra_023.jpg 480w, https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Karamazov_grupo_fotoSergioParra_023-71x50.jpg 71w\" sizes=\"auto, (max-width: 571px) 100vw, 571px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 Les fr\u00e8res Karamazov, dernier grand roman de F\u00e9dor Mikha\u00eflovitch Dosto\u00efevski, publi\u00e9 en 1881, un an avant sa mort, une \u00e9pop\u00e9e humaine dont les personnages, entre Dieu et le d\u00e9mon, font partie de l&rsquo;imaginaire universel, s&rsquo;est impos\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but du XXe s sur la sc\u00e8ne. En France en 1911 Jacques Copeau fut le premier \u00e0 convoquer au th\u00e9\u00e2tre cet univers de la d\u00e9mesure semblable \u00e0 un volcan o\u00f9 les passions violentes, les pulsions criminelles explosent, transgressent les lois, les interdits, ou un des protagonistes Ivan Karamazov niant l&rsquo;existence de Dieu est pris de vertige devant l&rsquo;ab\u00eeme du n\u00e9ant.\u00a0Plusieurs grands metteurs en se sont affront\u00e9s \u00e0 cet univers de bruit et de fureur dont la tribu Karamazov constitue l&rsquo;\u00e9picentre. Un univers patriarcal, violent, o\u00f9 les femmes sont objet de d\u00e9sir voire objet sexuel.\u00a0Autour d&rsquo;un p\u00e8re tyrannique une fratrie : Dimitri, impulsif, plein de contradictions, cruel et en m\u00eame temps g\u00e9n\u00e9reux, capable de sacrifice, Ivan, raffin\u00e9, sceptique, niant Dieu mais anim\u00e9 d&rsquo;une foi latente, Aliocha, tr\u00e8s religieux et faible, Smerdiakov, fils ill\u00e9gitime, libertin cynique vivant en serviteur dans la maison du p\u00e8re. La haine partag\u00e9e par les fils pour le vieux p\u00e8re, m\u00e2le abusif, qui poss\u00e8de l&rsquo;argent dont ils manquent, les am\u00e8ne au parricide dont ils ne mesurent pas les cons\u00e9quences. Seul Aliocha retrouvera la paix gr\u00e2ce \u00e0 son esprit de bont\u00e9 et \u00e0 son d\u00e9vouement.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-6298\" src=\"http:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Karamazov_grupo2.jpg\" alt=\"Karamazov_grupo2\" width=\"510\" height=\"358\" data-id=\"6298\" srcset=\"https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Karamazov_grupo2.jpg 450w, https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Karamazov_grupo2-71x50.jpg 71w\" sizes=\"auto, (max-width: 510px) 100vw, 510px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Gerardo Vera, ex directeur du Centro Dramatico Nacional de Madrid, metteur en sc\u00e8ne et sc\u00e9nographe r\u00e9put\u00e9, rel\u00e8ve le d\u00e9fi du roman dosto\u00efevskien en transposant brillamment sur sc\u00e8ne l&rsquo;univers trouble et la descente aux enfers de la famille Karamazov.\u00a0Il y a quelque chose de commun entre la vision sc\u00e9nique de l&rsquo;univers des Fr\u00e8res Karamazov donn\u00e9e par Gerardo Vera et l&rsquo;univers sordide, barbare, patriarcal dans Le retour de Pinter.\u00a0L&rsquo;adaptation de Jose Luis Collado et la mise en sc\u00e8ne de Gerardo Vera, tr\u00e8s fid\u00e8les \u00e0 la trame du roman dosto\u00efevskien, en en saisissant les articulations, les temps forts, vont \u00e0 l&rsquo;essentiel. Elles r\u00e9v\u00e8lent avec intelligence la profondeur, la quintessence de la pens\u00e9e \u00e0 la fois philosophique, sociale et th\u00e9ologique de l&rsquo;auteur russe, sa connaissance des ab\u00eemes de l&rsquo;\u00e2me humaine, sans se noyer dans le psychologisme.\u00a0De sorte que les personnages d\u00e9mesur\u00e9s, poss\u00e9d\u00e9s par leurs passions violentes, leurs haines, leurs frustrations, leurs d\u00e9sirs, leurs rivalit\u00e9s, apparaissent incroyablement modernes, ils sont de notre monde. Notre monde de bruit et de fureur mu par l&rsquo;argent et le sexe. Gerardo Vera ne cherche ni dans la sc\u00e9nographie ni dans la mise en sc\u00e8ne \u00e0 actualiser l&rsquo;histoire de la \u00ab tribu \u00bb Karamazov ni \u00e0 sugg\u00e9rer quelques rapprochements. Les r\u00e9sonances entre cette soci\u00e9t\u00e9 russe de la fin du XIXe s. et la n\u00f4tre apparaissent d&rsquo;elles-m\u00eames. Le dispositif sc\u00e9nique tr\u00e8s \u00e9conome, \u00e9loign\u00e9 du r\u00e9alisme, \u00e9voque, ouvre l&rsquo;imaginaire. Au fond un mur avec des grandes fen\u00eatres sales, \u00e9voque une grande maison russe, d\u00e9grad\u00e9e, marqu\u00e9e par le passage du temps, t\u00e9moin des \u00e9v\u00e9nements qui s&rsquo;y sont pass\u00e9s et de la d\u00e9cadence de la famille Karamazov. Deux parties coulissantes du mur du fond et des grands rideaux en plastique transparent sur lesquels on projette quelques images : for\u00eat, neige, \u2026 permettent de cr\u00e9er des ouvertures, de faire appara\u00eetre, de sugg\u00e9rer d&rsquo;autres lieux : chapelle d&rsquo;un monast\u00e8re, sortie dans un jardin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0<iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/gAr7AqSOFIs\" width=\"560\" height=\"315\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><br \/>\nLa couleur noire qui domine dans le d\u00e9cor contraste avec certains costumes et objets sc\u00e9niques de couleurs fortes, symboliques, le rouge du tapis et de la nappe de la table, le blanc de la robe. Peu d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments sc\u00e9niques, juste ce qui est n\u00e9cessaire dans certaines situations : patins \u00e0 roulettes, un poulet que le p\u00e8re d\u00e9vore voracement, des carafes de vodka, des croix orthodoxes projet\u00e9es par moments etc. Les costumes plut\u00f4t du d\u00e9but du XXe s.\u00a0Le spectacle commence par un prologue, une vision, image m\u00e9taphorique du chaos d&rsquo;un monde barbare et sale, une rue sombre pleine d&rsquo;ordures comme apr\u00e8s une f\u00eate orgiaque. Un personnage en costume de f\u00eate, jupe, chapeau pointu, ramasse les d\u00e9tritus, un autre viendra balayer par terre.\u00a0Dans la premi\u00e8re sc\u00e8ne comme en contrepoint avec ce monde de barbarie Aliocha venant de la salle retrouve le vieux moine Zosima dans une chaise roulante pouss\u00e9e par deux moines. L&rsquo;opposition entre le monde des passions violentes, brutales, extr\u00eames, et celui de la compassion, de la tendresse, de la qu\u00eate spirituelle de Dieu, qui s&rsquo;affrontent est donn\u00e9e d&#8217;embl\u00e9e. Mais Gerardo Vera ne tombe jamais dans le pi\u00e8ge du manich\u00e9isme, au contraire il fait appara\u00eetre dans sa mise en sc\u00e8ne la complexit\u00e9, l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9, les ressorts \u00e9motionnels, les revirements et l&rsquo;\u00e9volution des personnages et de leurs rapports. Il livre dans le spectacle des \u00eatres humains entre l&rsquo;abjection et Dieu, capables de tout, du pire et du meilleur, volontairement et parfois non.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6301\" src=\"http:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Karamazov_escena31.jpg\" alt=\"Karamazov_escena3\" width=\"300\" height=\"464\" data-id=\"6301\" srcset=\"https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Karamazov_escena31.jpg 300w, https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Karamazov_escena31-32x50.jpg 32w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0Les acteurs restituent et mettent en action dans leur jeu, passant en un instant d&rsquo;un registre \u00e0 un autre, pr\u00e9cis\u00e9ment cette part irrationnelle, passionnelle, voire pulsionnelle incontr\u00f4lable, moteur de nos actes extr\u00eames. Ils rel\u00e8vent avec une rare sensibilit\u00e9 le labyrinthe de contradictions des personnages entre passion et obsession, amour qui devient haine, douleur et barbarie.\u00a0\u00ab Il manque seulement une goutte de peur pour que l&rsquo;amour se transforme en haine. Ceci est la cl\u00e9 de l&rsquo;\u0153uvre, dit Gerardo Vera. Il y a de la peur et de la fureur, la peur du silence\u00bb.\u00a0Les ruptures de rythme, de tempo, les phrases, des dialogues parfois interrompus, cass\u00e9s, rendent ce climat permanent de tension, de \u00ab sur la d\u00e9fensive \u00bb qui explose en violence verbale ou physique.\u00a0Juan Echanove fait de Fiodor, le p\u00e8re, un personnage en chair et en os, presque bestial, cruel par moments et capable d&rsquo;une tendresse \u00e0 d&rsquo;autres, innocent dans la m\u00e9chancet\u00e9 tout comme ses fils : Dimitri, Fernando Gil, violent, irascible a parfois des instants de compassion peut-\u00eatre involontaire, Ivan, Markos Marin est remarquable dans son oscillation entre le rationalisme et l&#8217;emportement passionnel. Le personnage d&rsquo;Aliocha (Ferran Vilajosana) semble un peu effac\u00e9, flottant, manquant de force mais il n&rsquo;en a pas plus chez Dosto\u00efevski qui voulait lui donner plus d&rsquo;importance dans la partie finale du roman qu&rsquo;il n&rsquo;a pas eu le temps d&rsquo;achever. Lucia Quintana en Katia et Marta Poveda en Grushenka sont impressionnantes dans leur registre de jeu.\u00a0Gerardo Vera se surpasse dans ce spectacle quant \u00e0 son savoir de g\u00e9rer l&rsquo;espace, y planter des situations et organiser des affrontements, des tensions extr\u00eames, en jouant sur les rapprochements et les \u00e9loignements, les brusques projections en avant des personnages. Certaines sc\u00e8nes d&rsquo;affrontements ou de dialogues entre les personnages, inoubliables, sont comme des compositions sculpturales et en m\u00eame temps d&rsquo;une grande authenticit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<a href=\"http:\/\/www.entradasinaem.es\/FichaEspectaculo.aspx?id=1&amp;idEspectaculo=170\" target=\"_blank\">L\u2019information\u00a0<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cr\u00e9dit photos: Sergio Parra<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>20 novembre 2015- 10 janvier 2016 &#8211;\u00a0Centro Dramatico Nacional de Madrid\u00a0 Les fr\u00e8res Karamazov (Los hermanos Karamazov) d&rsquo;apr\u00e8s le roman de F\u00e9dor Mikha\u00eflovitch Dosto\u00efevski adaptation Jose Luis Collado,\u00a0mise en sc\u00e8ne \u00a0et sc\u00e9nographie Gerardo Vera \u00a0 \u00a0 \u00a0 Les fr\u00e8res Karamazov, dernier grand roman de F\u00e9dor Mikha\u00eflovitch Dosto\u00efevski, publi\u00e9 en 1881, un an avant sa mort, &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":1,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-6296","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-divers"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6296","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6296"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6296\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6296"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6296"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6296"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}