{"id":9127,"date":"2016-10-24T12:57:05","date_gmt":"2016-10-24T12:57:05","guid":{"rendered":"http:\/\/afficha.info\/?p=9127"},"modified":"2016-10-26T14:27:04","modified_gmt":"2016-10-26T14:27:04","slug":"quand-le-feu-sacre-tourne-au-feu-de-paille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/afficha.info\/?p=9127","title":{"rendered":"Quand le feu sacr\u00e9 tourne au feu de paille"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"dates-evenement\">20 octobre au 4 novembre 2016 &#8211; Teatro Real, Madrid<\/span><\/p>\n<p><em>Norma de Vincenzo Bellini, livret de Felice Romani d&rsquo;apr\u00e8s \u00a0\u00bb\u00a0Norma ou l&rsquo;infanticide\u00a0\u00bb de Alexandre Soumet<\/em><\/p>\n<p><em>mise en sc\u00e8ne Davide Livermore, direction musicale Roberto Abbado,sc\u00e9nographie Gio Forma (Florian Boje)<\/em><\/p>\n<p><em>costumes Marai Fracasso, lumi\u00e8res Antonio Castro, video D-WOK<\/em><br \/>\n <iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/bNFjAhg-P7A?rel=0&amp;showinfo=0\" width=\"640\" height=\"360\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Norma, \u00e9crit en 1831, le neuvi\u00e8me et avant-dernier op\u00e9ra de Vincenzo Bellini (1801 &#8211; 1835) est consid\u00e9r\u00e9 comme le sommet du bel canto italien, exigeant des chanteurs, en particulier dans le r\u00f4le titre, une extraordinaire capacit\u00e9 vocale. La cr\u00e9ation de Norma \u00e0 la Scala en 1831, avec Guidetta Pasta, la grande diva de l&rsquo;\u00e9poque, \u00e9tait un fiasco, mais vite oubli\u00e9 car deux ou trois ann\u00e9es plus tard cet op\u00e9ra fait son entr\u00e9e sur les plus grandes sc\u00e8nes d&rsquo;Europe (Vienne, Paris) et depuis continue sa carri\u00e8re triomphale. Depuis presque 70 ans le r\u00f4le-titre de ce chef-d&rsquo;\u0153uvre de Bellini est indissociable de son interpr\u00e8te g\u00e9niale, in\u00e9galable, Maria Callas, qui a d\u00e9but\u00e9 avec Norma en 1948 \u00e0 Florence puis l&rsquo;a chant\u00e9 en 1949 au Teatro Colon de Buenos Aires, en 1950 \u00e0 La Fennice de Venise, en 1952 \u00e0 la Scala de Milan, en 1954 \u00e0 Chicago, en 1955 au Covent Garden de Londres et en 1964,65, \u00e0 la fin de sa carri\u00e8re, \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra de Paris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un inconditionnel de Norma, comme je le suis, pourrait aller \u00e9couter \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ra cette \u0153uvre les yeux ferm\u00e9s si la distribution et l&rsquo;orchestre sont parfaits pour \u00e9viter des surprises d\u00e9cevantes quant \u00e0 la partie visuelle, c\u2019est-\u00e0-dire la mise en sc\u00e8ne. Ce qui \u00e9tait le cas au Teatro Real \u00e0 Madrid de la nouvelle production (co production avec le Palau de les Arts de Valencia et de l&rsquo;Asociacion Bilbaina de los Amigos de la Opera ) qui se distingue par une totale dichotomie entre l&rsquo;interpr\u00e9tation vocale, chorale et orchestrale et la mise en sc\u00e8ne.\u00a0Cette mise en sc\u00e8ne est commise par l&rsquo;Italien Davide Livermore, originaire de Turin, metteur en sc\u00e8ne aux multiples facettes (chanteur, danseur, sc\u00e9nographe, cr\u00e9ateur de costumes et de lumi\u00e8res) qui depuis 22 ans travaille dans les grands Op\u00e9ras du monde et actuellement assume la fonction de directeur artistique de l&rsquo;Op\u00e9ra de Valencia, El Palau de les Arts. D&rsquo;aucuns s&rsquo;offusquent parfois des traitements post modernes d&rsquo;op\u00e9ras. Ce n&rsquo;est m\u00eame pas le cas de la mise en sc\u00e8ne de Davide Livermore qui manque de lecture, de coh\u00e9rence et dont on n&rsquo;arrive pas \u00e0 d\u00e9crypter les intentions ni les partis pris.\u00a0Par chance le chef-d&rsquo;\u0153uvre de Bellini a \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9 par ses interpr\u00e8tes, des chanteurs exceptionnels, \u00e9tonnants de justesse particuli\u00e8rement dans les arias et duos sem\u00e9s d&#8217;embuches dans lesquels on les attendait au tournant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Un bref rappel de l&rsquo;argument de Norma pour ceux qui ne l&rsquo;ont pas imm\u00e9diatement en m\u00e9moire. L&rsquo;action se passe dans les ann\u00e9es 50 a. n. \u00e8. en Gaule occup\u00e9e par les Romains. Dans le bois sacr\u00e9 les Druides et les guerriers gaulois attendent la proph\u00e9tie du dieu de la lune Irminsul que doit d\u00e9livrer sa pr\u00eatresse Norma. Le peuple en r\u00e9bellion contre les Romains d\u00e9sire la guerre mais Norma, amante de Pollione, proconsul de Rome, avec qui elle a eu deux enfants en secret, souhaite la paix.\u00a0Le conflit politique, public, s&rsquo;imbrique avec le conflit intime de Norma : son devoir \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du peuple gaulois et son amour irr\u00e9pressible pour l&rsquo;ennemi Pollione. Un conflit qui se complique car Pollione, qui s&rsquo;est lass\u00e9 de Norma, follement amoureux d&rsquo;Adalgisa, une autre pr\u00eatresse du temple, veut quitter la Gaule avec elle.\u00a0Les passions explosent : amour, trahison, vengeance, tentative d&rsquo;infanticide, pardon, sacrifice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Dans le livret de Norma de Felice Romani bas\u00e9 sur la pi\u00e8ce d&rsquo;Alexandre Soumet Norma ou l&rsquo;infanticide, le th\u00e8me du personnage titre fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 celui de M\u00e9d\u00e9e. Felice Romani avait \u00e9crit pr\u00e9c\u00e9demment un livret M\u00e9d\u00e9e \u00e0 Corinthe pour l&rsquo;op\u00e9ra de Simone Mayr. Contrairement \u00e0 M\u00e9d\u00e9e, Norma ne passe pas \u00e0 l&rsquo;acte, il n&rsquo;y a pas de meurtre d&rsquo;enfants et dans le final elle pardonne \u00e0 Pollione qui, \u00e9mu par sa noblesse, se repentissant, monte avec elle sur le b\u00fbcher. Felice Romani rel\u00e8ve le th\u00e8me de Norma personnage priv\u00e9 et public, impliqu\u00e9 dans la vie politique (les sc\u00e8nes intimes et publiques s&rsquo;alternent) ainsi que le th\u00e8me du tragique triangle amoureux : Norma, Pollione, Adalgisa. La partition de l&rsquo;\u0153uvre d\u00e9passe les limites de l&rsquo;op\u00e9ra italien conventionnel. Les styles martial, \u00e9l\u00e9giaque, m\u00e9lancolique, tragique s&rsquo;y combinent. Verdi, Wagner se sont beaucoup inspir\u00e9s des arias et des motifs de Norma. Les parties du ch\u0153ur, protagoniste de premier plan dans cet op\u00e9ra, ont une fonction importante dans la dramaturgie musicale. L&rsquo;entr\u00e9e de Norma est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e par une partie chorale qui ressemble \u00e0 un hymne ou \u00e0 une marche guerri\u00e8re.\u00a0Casta diva, pri\u00e8re de Norma solo, implique petit \u00e0 petit le ch\u0153ur qui reprend crescendo, comme en \u00e9cho les paroles de Norma. \u00a0Et voici les surprises que nous r\u00e9serve la mise en sc\u00e8ne. Pendant l&rsquo;ouverture, derri\u00e8re le rideau transparent, les danseuses et danseurs, torse nu et juste un string, dansent comme s&rsquo;ils se battaient, se cachant derri\u00e8re les colonnes m\u00e9talliques. On a du mal \u00e0 comprendre cette image qui sera encore reprise \u00e0 d&rsquo;autres moments. Peut-\u00eatre incarnent-ils l&rsquo;esprit belliqueux des guerriers gaulois ? Pendant cette danse \u00e9nigmatique on voit au centre de la sc\u00e8ne Norma avec ses enfants couch\u00e9s sur le sol. Les projections accompagnant le spectacle quasi en permanence, distrayant le spectateur, me paraissent inutiles, redondantes par rapport au texte chant\u00e9 et aux situations, d\u00e9monstratives et annon\u00e7ant les \u00e9v\u00e9nements \u00e0 venir. Pendant l&rsquo;ouverture on projette des nuages, la for\u00eat, images qui reviennent aussi plus tard. Quand Norma chante son amour pour Pollione on projette en grand le visage de celui-ci, puis d&rsquo;autres images d&rsquo;un couple nu qui se caresse et s&#8217;embrasse. Les images des flammes annoncent d\u00e8s le d\u00e9but la mort de Norma et de Pollione.\u00a0Au IIe acte on est gratifi\u00e9 des images des danseurs se battant couverts de terre et de Pollione donnant des grands coups d&rsquo;\u00e9p\u00e9e, etc.\u00a0\u00a0 \u00a0 \u00a0L&rsquo;option d&rsquo;un d\u00e9cor \u00ab congel\u00e9 \u00bb est \u00e9trange. On voit d&rsquo;abord sur le plateau tournant un alignement de longues colonnes m\u00e9talliques qui descendent des cintres. Puis la partie centrale des colonnes remonte et du fonds arrive une construction ressemblant \u00e0 un rocher, un arbre ou un gros insecte p\u00e9trifi\u00e9, avec une ouverture en bas, comme l&rsquo;entr\u00e9e d&rsquo;une grotte. Cet unique \u00e9l\u00e9ment sc\u00e9nique va tourner, avancer, reculer.\u00a0Certaines s\u00e9quences se passent en haut du rocher, d&rsquo;autres en bas.\u00a0Deux rideaux noirs, un de chaque c\u00f4t\u00e9 du plateau et un en haut, cadrent, resserrent l&rsquo;image comme un cadrage photo.\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter  wp-image-9136\" src=\"http:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/NormaMadrid.jpg\" alt=\"normamadrid\" width=\"303\" height=\"444\" data-id=\"9136\" srcset=\"https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/NormaMadrid.jpg 320w, https:\/\/afficha.info\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/NormaMadrid-34x50.jpg 34w\" sizes=\"auto, (max-width: 303px) 100vw, 303px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Une tr\u00e8s belle id\u00e9e des \u00e9clairages. L&rsquo;obscurit\u00e9 du bois sacr\u00e9, la nuit, perc\u00e9es par les lumi\u00e8res des torches des Druides qui se r\u00e9unissent. Cette image revient dans le final, dans la sc\u00e8ne de l&rsquo;immolation de Norma et de Pollione. Les costumes \u00e9voquent l&rsquo;\u00e9poque antique. Norma en longue robe blanche, un diad\u00e8me sur le front. Le grand pr\u00eatre en longue cape blanche avec une \u00e9charpe brod\u00e9e de signes celtes et une sorte de casque \u00e0 deux cornes. Les Druides avec des capes blanches, les guerriers des vareuses courtes, de longs pantalons bouffants, arm\u00e9s d&rsquo;\u00e9p\u00e9es ou de b\u00e2tons. Pollione et Flavio en costume de soldats romains.\u00a0Les couleurs marron, gris, noir, blanc dominent.\u00a0La mise en sc\u00e8ne est assez statique. Peu de mouvements du ch\u0153ur, r\u00e9uni souvent autour du rocher, les situations sont \u00e0 peine dessin\u00e9es.\u00a0Les deux enfants tr\u00e8s pr\u00e9sents surjouent dans leur mimique et gestuelle.\u00a0On ne sait pourquoi dans la derni\u00e8re sc\u00e8ne un des enfants \u00e0 l&rsquo;avant-sc\u00e8ne brandit une dague. \u00c0 la fin il n&rsquo;y a pas de b\u00fbcher, Norma et Pollione montent sur le rocher et disparaissent au fond. \u00a0On attend \u00e9videmment les quelques arias r\u00e9put\u00e9s difficiles mais avant tout Casta Diva que la soprano italienne Maria Agresta a sublim\u00e9 avec finesse et profondeur dramatique, faisant preuve de sa ma\u00eetrise de la coloratura, de l&rsquo;\u00e9tendue de ses aigus p\u00e9n\u00e9trants et de sa diction parfaite. Son aria du d\u00e9but du IIe acte tenait aussi de la perfection dans sa fa\u00e7on de traduire avec des inflexions de la voix le drame int\u00e9rieur de Norma, la douleur profonde de la femme trahie. La mezzo-soprano fran\u00e7aise Karine Deshayes en Adalgisa, d&rsquo;une grande puret\u00e9, avec un potentiel dramatique surprenant.\u00a0Le trio final du premier acte (Norma, Algisa, Pollione), \u00e9tait de haut vol. Outre les arias p\u00e9rilleux des femmes, les r\u00f4les des hommes ont aussi des morceaux de bravoure. L&rsquo;Am\u00e9ricain Gregory Kunde, t\u00e9nor, en Pollione, que nous avons vu, il y a un mois dans le r\u00f4le titre dans Othello, \u00e9tait remarquable, beaucoup plus \u00e0 l&rsquo;aise dans Pollione.\u00a0Le reste de la distribution : Maria Miro -soprano (Clotilde), Antonio Lozano &#8211; t\u00e9nor (Flavio), Michele Peretusi &#8211; baryton (Oroveso) \u00e9tait aussi irr\u00e9prochable.\u00a0En somme, m\u00eame si j&rsquo;ai quelques r\u00e9serves quant \u00e0 la mise en sc\u00e8ne, je salue l&rsquo;initiative du Teatro Real d&rsquo;avoir programm\u00e9 ce chef-d&rsquo;\u0153uvre de Bellini qui, depuis 1914, \u00e9tait absent de la sc\u00e8ne de l&rsquo;Op\u00e9ra de Madrid.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cr\u00e9dit photo: Teatro Real<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>20 octobre au 4 novembre 2016 &#8211; Teatro Real, Madrid Norma de Vincenzo Bellini, livret de Felice Romani d&rsquo;apr\u00e8s \u00a0\u00bb\u00a0Norma ou l&rsquo;infanticide\u00a0\u00bb de Alexandre Soumet mise en sc\u00e8ne Davide Livermore, direction musicale Roberto Abbado,sc\u00e9nographie Gio Forma (Florian Boje) costumes Marai Fracasso, lumi\u00e8res Antonio Castro, video D-WOK \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Norma, \u00e9crit en 1831, le &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":1,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[63],"class_list":["post-9127","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-divers","tag-63"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9127","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9127"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9127\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9127"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=9127"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/afficha.info\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=9127"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}