Création mondiale de L’ombre de Venceslao: Jorge Lavelli déploie sa magie du théâtre

les 12, 14 et 16 octobre 2016l’Opéra de Rennes

 L’ombre de Venceslao , première opera de  Martin Matalon

livret et mise en scène Jorge Lavelli; direction musicale Ernest Martinez Izquierdo. scénographie Ricardo Sanchez Cuerda ; costumes Francesc Zito ;Anthony Millet, Max Bonnay, Victor Villena, Guillaume Hodeau – bandonéonistes. Images des tableaux “Galerie des voleurs de Buenos Aires” du peintre Alberto Bali.

L’OMBRE DE VENCESLAO  MATALON LAVELLI COPI Opéra en deux actes Livret de Jorge Lavelli d’après la pièce de Copi (Gérard Billaudot Éditeur) Création mondiale Direction musicale Ernest Martinez Izquierdo  Conception et mise en scène Jorge Lavelli  Collaboration artistique Dominique Poulange Scénographie Ricardo Sanchez-Cuerda Costumes Francesco Zito Lumières Jean Lapeyre et Jorge Lavelli Responsable des études musicales Sylvie Leroy Répétiteur danse Jorge Rodriguez Orchestre Symphonique de Bretagne Directeur Musical Grant Llewellyn Venceslao Thibaut Desplantes  Mechita Sarah Laulan  Rogelio Ziad Nehme Coco Pellegrini Jorge Rodriguez  China Estelle Poscio  Gueule de Rat, le cheval Germain Nayl Largui Mathieu Gardon Le singe Ismaël Ruggiero Coproduction Centre Français de Promotion Lyrique, Opéra Grand Avignon, Opéra National de Bordeaux, Centre Lyrique Clermont-Auvergne, Opéra de Marseille, Opéra de Reims, Opéra de Rennes, Opéra de Toulon Provence Méditerranée, Théâtre du Capitole de Toulouse, Opéra Orchestre National Montpellier Languedoc-Roussillon Teatro Colon de Buenos Aires, Teatro Musico de Santiago du Chili Coproduction Grame (Centre National de Création Musicale, Lyon). Avec le soutien du Fonds de Création Lyrique, de la Fondation Orange et de la Caisse des Dépôts et Consignations, du Ministère de la Culture et de la Communication, en partenariat avec France 3 et France Musique Un événement Télérama

       L’ombre de Venceslao, pièce de théâtre de Copi écrite en 1977, créée à Paris au Théâtre de la Tempête en 1999 par Jorge Lavelli, commence une nouvelle carrière sous forme d’opéra. C’est l’histoire de l’errance d’une famille pas ordinaire, recomposée autour d’un gaucho Venceslao qui traverse la pampa argentine jusqu’aux chutes d’Iguazu et la grande métropole, Buenos Aires, sur fond des bouleversements sociaux et politiques en Argentine avec la chute du gouvernement du général Juan Perón en 1955. Aucune nostalgie ni idéalisation de l’Argentine de cette époque, au contraire la pièce de Copi, autant que sa version opératique, renvoie de façon crue, directe et en même temps poétique à la fois la réalité, la violence, la cruauté de la nature sauvage, indomptable et celle de la jungle des grandes villes, qu’affrontent les protagonistes de L’ombre de Venceslao. Ce sont des êtres frustrés, sensibles, attachés aux valeurs primitives de la sexualité, des sentiments, de l’amitié, et qui malgré leurs ratages, ne cessent de chercher le bonheur, de rêver. Ces êtres libres, simples, ne savent pas affronter la violence, les pièges, l’exploitation dans la grande ville qui va les broyer. Le livret concis, extrêmement théâtral, qui relève la cruauté, la crudité, l’humour et les accents surréalistes de l’écriture de Copi est totalement à l’unisson de la remarquable partition de Martin Matalon. À sa création à l’Opéra de Rennes cette œuvre novatrice, exceptionnelle dans la création opératique contemporaine, a été accueillie de façon enthousiaste autant par la critique que par le public. L’ombre de Venceslao a pour protagonistes :Venceslao un gaucho intrépide, Mechita sa maîtresse, Rogelio le fils qu’il a eu avec elle, China la fille qu’il a eu avec sa femme légitime Hortensia, Largui, ami de la famille, amoureux de Mechita et trois animaux : le cheval Gueule de Rat, fidèle compagnon de voyage de Venceslao, le singe adopté aux chutes d’Iguazu et un perroquet bavard, confident ironique de Venceslao. 

L’OMBRE DE VENCESLAO  MATALON LAVELLI COPI Opéra en deux actes Livret de Jorge Lavelli d’après la pièce de Copi (Gérard Billaudot Éditeur) Création mondiale Direction musicale Ernest Martinez Izquierdo  Conception et mise en scène Jorge Lavelli  Collaboration artistique Dominique Poulange Scénographie Ricardo Sanchez-Cuerda Costumes Francesco Zito Lumières Jean Lapeyre et Jorge Lavelli Responsable des études musicales Sylvie Leroy Répétiteur danse Jorge Rodriguez Orchestre Symphonique de Bretagne Directeur Musical Grant Llewellyn Venceslao Thibaut Desplantes  Mechita Sarah Laulan  Rogelio Ziad Nehme Coco Pellegrini Jorge Rodriguez  China Estelle Poscio  Gueule de Rat, le cheval Germain Nayl Largui Mathieu Gardon Le singe Ismaël Ruggiero Coproduction Centre Français de Promotion Lyrique, Opéra Grand Avignon, Opéra National de Bordeaux, Centre Lyrique Clermont-Auvergne, Opéra de Marseille, Opéra de Reims, Opéra de Rennes, Opéra de Toulon Provence Méditerranée, Théâtre du Capitole de Toulouse, Opéra Orchestre National Montpellier Languedoc-Roussillon Teatro Colon de Buenos Aires, Teatro Musico de Santiago du Chili Coproduction Grame (Centre National de Création Musicale, Lyon). Avec le soutien du Fonds de Création Lyrique, de la Fondation Orange et de la Caisse des Dépôts et Consignations, du Ministère de la Culture et de la Communication, en partenariat avec France 3 et France Musique Un événement Télérama

        Rogelio et sa demi-sœur China s’aiment. Mariés, ils partent pour Buenos Aires où lui veut faire une carrière d’avocat, elle de danseuses de tango. Leurs rêves tournent en tragédie, China tombe entre les mains d’un danseur de tango mafieux, Coco Pellegrini, qui lui promet de faire sa carrière, Rogelio meurt empoisonné et China s’enfuyant avec Coco tombe sous les balles dans le coup d’État. Après s’être confessé à son perroquet Venceslao se pend, mais son ombre revient visiter ses amis fidèles. L’ombre de Venceslao, opéra en deux actes composé de 32 brèves séquences, d’un prologue et un interlude, dans la dramaturgie scénique et musicale, est articulé sur le thème du voyage. La partition, écrite pour un orchestre de 42 musiciens (cuivres, vents, cordes, plus un dispositif électronique) inclue un groupe de quatre bandonéonistes qui interviennent solo dans l’interlude ou s’intègrent dans l’ensemble de l’orchestre dans la fosse. Ils sont en même temps des personnages dans la trame dramaturgique. La palette vocale polychrome très large va du parlé libre au chant pur avec des parties lyriques. La musique dans les parties vocales profile les personnages et relève les relations entre eux. Les citations des milongas de Tita Merello, des musiques populaires faisant partie de la mémoire collective des Argentins, des effets sonores ayant une fonction dramatique comme par exemple l’orage du début ou la fusillade dans la séquence du coup d’État, font partie intégrante du tissu instrumental. Chaque mouvement musical, correspondant au déplacement des protagonistes dans l’espace, a son propre caractère, sa couleur, sa dynamique et son rythme, constituant des images sonores traduisant la tempête, les sonorités de la nature sauvage, la beauté d’Iguazu, la violence dans la grande métropole. 

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        Comme toujours dans ses mises en scène, dans l’ombre de Venceslao, Jorge Lavelli convoque l’imagination du spectateur, lui donne avec peu d’éléments, quelques indices, l’emmène en voyage. De chaque côté du plateau dépouillé un grand rideau de cordes. Ces rideaux avancent vers le centre de la scène, s’écartent, créent des espaces et des lieux différents, permettant les apparitions instantanées des personnages. Au fond une clôture en planche composée de quatre portes qui pivotent. Derrière, des toiles peintes évoquent à un moment Buenos Aires et à la fin apparait une toile peinte avec 12 portraits des voleurs de Buenos Aires, amplifiant l’ambiance inquiétante, menaçante du coup d’État. Quelques objets, éléments mobiles, font partie de la dramaturgie scénique : la charrette tirée par le cheval Gueule de Rat, le vélo de Largui, un vieux buffet, table, deux chaises figurent la pauvre maison de Mechita, tables, deux chaises et petit pont incliné évoquent une salle de spectacle ou China et Rogelio viennent écouter la grande Tita Merello. Venceslao se pend avec une corde qui descend d’un panneau mobile. Les costumes stylisés évoquent. Venceslao en poncho et pantalon de gaucho, Rogelio complet veston, Largui, chapeau, pantalon jusqu’aux mollets, Mechita et China en robes simples, Coco, costume noir de danseur de tango, l’acteur qui fait le cheval, un demi sac sur la tête, une large ceinture à la taille avec des sangles pour tirer la charrette, le singe vêtements couvert de poils. Les quatre bandonéonistes portent des costumes usés.

       Jorge Lavelli déploie sa magie du théâtre, son art de faire advenir instantanément une situation, de passer d’un lieu à l’autre, de rester dans l’évocation sans aucune représentation réaliste, de créer des ambiances oniriques, comme par exemple l’apparition de l’ombre de Venceslao dans la dernière scène.  La scène où Mechita et Venceslao font l’amour est très belle : on les voit en ombres chinoises, derrière une corde avec du linge qui sèche. Les éclairages très finement travaillés tracent des lieux, cadrent des images, dramatisent les situations. Jorge Lavelli imprime à sa mise en scène d’une grande cohérence, une extraordinaire fluidité et une variété rythmique. La distribution est parfaite, les 6 jeunes chanteurs sont très à l’aise dans leurs parties vocales, souvent très difficiles, exigeant une solide technique. Estelle Posio, China, soprano colorature, éblouissante par sa souplesse dans les aigus, épate aussi par son potentiel chorégraphique. Sarah Laulan, mezzo soprano conjugue en Mechita ses qualités dramatiques et vocales. Thibaut Desplantes, baryton, rend admirablement la truculence, la spontanéité, la rudesse de Venceslao. Mathieu Gardon, baryton fait un Largui burlesque, un être simple au grand cœur et Ziad Nehme, ténor dessine un Rogelio complexe. En somme cette création mérite de loin le label d’excellence.

Après l’Opéra de Rennes L’ombre de Venceslao se jouera dans 8 autres Opéras en France, au Théâtre Municipal de Santiago de Chile et au Teatro Colon à Buenos Aires.

Crédit photo:Laurent Guizard